Le Salon de la mort : pour informer et dédramatiser

«Tout le monde veut aller au ciel, oui mais personne ne veut mourir» chantait Petula Clark, dans les années 60. Plus de 50 ans plus tard, ce dicton cocasse résume encore bien souvent notre regard simpliste sur un sujet demeuré tabou. Ce qui semble avoir changé, c’est que des milliers de personnes veulent maintenant entendre parler de la mort, comme en témoignent les quelque 4 000 visiteurs du tout premier Salon de la mort organisé à Montréal, l’an dernier.

Cette année encore, durant deux jours, des spécialistes sont sur place pour répondre aux questions du public sur les soins palliatifs, l’aide médicale à mourir, ainsi que sur les services permettant d’organiser la succession (planification financière et légale, gestion du patrimoine, assurances, legs affectif). On peut aussi s’adresser directement aux travailleurs du milieu funéraire, sans que ce soit dans un état d’urgence, où les émotions empêchent parfois d’analyser objectivement toutes les possibilités.

Des conférences attendues

L’auteur-compositeur-interprète Dan Bigras est l’un des conférenciers invités au Salon de la mort

Mais au-delà de tous les outils de planification qui peuvent aider à dédramatiser ce passage redouté, il reste la question émotive. C’est pourquoi on a invité une vingtaine de personnalités, souvent connues du grand public,  à venir raconter leurs expériences relatives à la mort. Pour sa part, le chanteur Dan Bigras qui a vaincu un cancer colorectal  présente sa conférence Vivre ensemble, dimanche (3 novembre, 13h 30).

D.B.:

«Je vais parler de ce qui m’a aidé à trouver une certaine paix dans cette épreuve, mais je n’ai pas la prétention de dire aux autres ce qu’ils doivent faire. Je ne suis pas un gourou. Par contre, nous savons tous que la mort est inévitable, alors, il vaut mieux apprendre à composer avec cette réalité.»

M.Y.C.

Vous, comment avez-vous trouvé la sérénité pendant que vous étiez malade ?

D.B.

«Je dirais qu’une des premières choses à faire est de cesser de se punir. Je pense à un homme malade que j’ai côtoyé lors de mes traitements de chimio et qui disait toujours, qu’est ce que j’ai fait de mal pour me retrouver avec un cancer. Je crois qu’il ne faut pas se culpabiliser en plus. À ce que je sache, il n’y a pas de tribunal qui nous condamne à être malade. De plus, je dois préciser que, pour ma part, je m’étais préparé à une mort possible. La démarche doit être tout autre quand il faut se préparer à une mort imminente.»

M.Y.C.

Est-ce que vous présentez une nouvelle conférence au Salon de la mort ?

D.B.

«En fait, Vivre ensemble existe depuis plusieurs années, mais il est clair qu’il y sera davantage question de la mort. Vous savez, j’ai retenu une leçon de ma mère. Lorsque je lui téléphonais pour l’inviter à venir voir mon spectacle, elle me disait : as-tu un nouveau show ? Si non, dérange-moi pas ! (rires) Alors, je peux te dire que si elle était toujours vivante, je l’aurais invitée à ma conférence au Salon de la mort.  Car, en plus de ma propre expérience, j’ai côtoyé des malades qui m’ont beaucoup appris. Je vais parler, entre autres, d’un ami qui n’avait plus que 3 mois à vivre, selon les médecins et qui aura pourtant survécu durant 18 ans, avant d’être emporté par un cancer généralisé. J’ai aussi vu partir deux oncles cancéreux : l’un qui a eu le temps de se préparer et l’autre qui n’a eu que quelques mois. Toutes ces expériences sont riches d’enseignements.»

M.Y.C.

Que souhaitez-vous que les gens retiennent de votre conférence ?

D.B.

«Si mes propos peuvent aider à apaiser quelqu’un, j’en serai satisfait. L’angoisse est dévastatrice. Le fait d’avoir devant soi quelqu’un qui s’est préparé à la mort peut sans doute être rassurant, inspirant. Et puis, il ne faut pas garder tout ça en-dedans. Peut-être que mes propos aideront des gens à verbaliser leur vision de la mort et qu’au bout du compte, ça les allégera un peu.»

En tout, une vingtaine de conférences seront présentées dans le cadre du Salon de la mort, dont celle de Johanne de Montigny (accompagnement des personnes en deuil), Joanie Lacroix (deuil périnatal) et Sylvie Fréchette. On se souvient que la médaillée olympique de nage synchronisée avait, notamment, appris le suicide de son fiancé, juste avant les Olympiques de Barcelone.

Discussions sur les rituels du deuil

La disparition de certains rituels du deuil dont l’exposition du corps du défunt est-elle bénéfique ? Des spécialistes et intervenants du domaine sont invités à se prononcer lors d’une discussion animée par Jean-Marie Lapointe, réunissant, entre autres, une accompagnatrice de personnes en fin de vie, la directrice d’une résidence funéraire et une officiante funéraire.  (2 novembre, 14h 45)

Le Salon de la mort 2019

Palais des congrès de Montréal, 2 et 3 novembre

La photo du cercueil ornementé de symboles musicaux a été prise au Salon de la mort 2018

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