Une pièce particulièrement singulière est présentée au Théâtre Prospero : La jeune fille suppliciée sur une étagère. Il s’agit d’une nouvelle de l’auteur japonais Akira Yoshimura, adaptée pour le théâtre par Évelyne de la Chenelière et mise en scène par Cédric Delorme-Bouchard.
L’histoire est celle de Mieko (Larissa Corriveau), une jeune Japonaise de 16 ans, qui est emportée par une pneumonie. Confrontés à la misère, les parents de la jeune fille vendent alors sa dépouille à la science. Celle-ci sera ensuite disséquée dans un hôpital par des étudiants en médecine.
Une renaissance entre deux mondes
Dans une ambiance sonore assourdissante, la jeune fille morte (Larissa Corriveau) apparaît dans un étrange costume ressemblant à un cocon, d’où elle émerge progressivement : la tête, puis une main, un bras, suivi de l’autre… Elle est en train de vivre une véritable renaissance dans un monde parallèle.
Intriguée par ce qui lui arrive, elle devient narratrice, décrivant avec minutie tout ce qu’on lui fait subir et ce qu’elle perçoit de son environnement autour d’elle. Ses sens sont avivés, décuplés, mais elle ne ressent aucune douleur, presque aucune émotion. Ce sont plutôt les spectateurs dans la salle qui ressentiront davantage les choses.

Une mise en scène audacieuse
Un écran, sur lequel s’affichent des sous-titres, s’allume dès le début du spectacle. Sans être prononcés, des propos des parents puis des intervenants qui s’affairent autour du corps de Mieko y défilent. C’est que la jeune fille ne perçoit plus le monde de manière auditive; elle est clairvoyante.
Plongés dans son unique perspective, les spectateurs n’entendront donc que sa voix au cours de la représentation, accompagnée de sons ou de musique qui concourront à créer des atmosphères glauques, inquiétantes ou mystiques particulièrement réussies.
Pour adapter ce récit au théâtre, le metteur en scène, Cédric Delorme-Bouchard, a fait appel à Évelyne de la Chenelière, qui lui a insufflé une nouvelle dimension avec sensibilité. Il s’agirait de la première adaptation théâtrale de cette nouvelle.
Une performance de haut niveau
Larissa Corriveau, presque toujours seule sur scène, réalise une véritable prouesse d’actrice. Elle réussit à incarner habilement tous les états que traverse le corps de son personnage, passant de cadavre… jusqu’à plus rien.
Constamment métamorphosée, elle livre une performance remarquable. Loin de ne jouer qu’un corps inerte, elle réalise un véritable marathon de mouvements étudiés. Jennyfer Desbiens l’accompagnera en silence pendant un court moment sur scène, plus lumineux celui-là.

« Je ne fais plus rien. Tout ne fait que m’arriver. »
La qualité littéraire du texte de l’auteur japonais Akira Yoshimura est indéniable. Maintes fois récompensé au cours de sa carrière, il a écrit de nombreux romans et nouvelles. Publiée en 1959, la nouvelle La jeune fille suppliciée sur une étagère est écrite en langage soutenu, de façon très descriptive, mais aussi poétique par moments.
Ce récit nous invite à réfléchir sur plusieurs sujets, comme la condition humaine et les classes sociales, le consentement, l’accès aux soins médicaux aussi. Il offre également une perspective sur la place des femmes japonaises dans les années 50 : femmes-objets, résignées et silencieuses, dont le rôle se limitait à la procréation.
Une pièce à voir… pour un public averti
La jeune fille suppliciée sur une étagère est une pièce digne d’intérêt pour les spectateurs avisés, mais abordant des sujets lourds qui peuvent être dérangeants dans la façon dont ils sont présentés. Si ce genre théâtral hors norme vous intéresse, hâtez-vous parce que les billets s’envolent rapidement. Plusieurs représentations affichent déjà complet.
Présentée jusqu’au 6 décembre 2025 au Théâtre Prospero, à Montréal, puis en tournée à Ottawa et à Rimouski plus tard cette saison.
Durée : 1 h 20.


































































