L’approche de Noël signifie toujours un intense foisonnement de productions diverses du Messie de George-Frédéric Haendel (1685-1759). On le monte et l’entend partout dans les écoles, les églises, les salles de concert. Présent en maintes versions écourtées, il s’impose — certaines fois fort réduites — car l’oeuvre en son entièreté comporte près de 50 moments musicaux autour de l’avènement puis de la Passion du Christ.
Une trentaine de musiciens
Avec les quatre solistes et le chef Rafael Payare, nous comptions une trentaine d’artisans et accompagnateurs oeuvrant à la Maison Symphonique à cette production scintillante du Messie.
Sonorité d’époque, décorum royal, ambiance d’oratorio anglais et des voix absolument exquises tant au choeur préparé par Andrew Megill que chez les invités.
Quelques mots maintenant sur ces exquis et mémorables solistes.
Ténor sud-africain Levy Sekgapane
C’est absolument inouï, de mémoire de mélomane, que cette voix de ténor si veloutée et retentissante que celle du Sud-Africain Levy Sekgapane : il surgit évidemment en premier au Comfort ye my people initiant l’oratorio et il marqua si profondément l’auditoire que nous attendions avec impatience son retour au fil de l’oeuvre d’une durée de plus de deux heures.
De la sorte, la salle vibrait de la chaleur lumineuse de sa voix si bien mariée aux conformités de sa personne, je l’écris sans gêne après tant de productions écoutées depuis un demi-siècle que j’en apprécie pas toujours assez ces productions annuelles : heureusement, nous n’étions pas en reste pour la puissante voix transportante de la mezzo-soprano Luciana Mancini et celle, étincelante, de la soprano Lucy Crowe.
Trois parties équilibrées de sérénité grave
Les trois parties de l’oeuvre qui s’amorce par la prophétie de la naissance ou venue de Jésus, suivie de son passionnant martyre et, bien entendu, de cette crédence ou promesse en une vie éternelle, offraient les moments rituels convenus avec ces trompettes tonnant du Ciel de la salle (Paul Merkelo et son associé Stéphane Beaulac je crois), un Hallelujah où les gens chaque fois se lèvent (certains sortirent même, subito, croyant l’oeuvre achevée!), une basse continue avec Jean-Willy Kunz à l’orgue positif, la présence de Brian Manker au solo de violoncelle et celle de Mélisande McNabey au clavecin.
Rafael Payare se prêtait à l’exercice en diligence avisée, sans cérémonial obséquieux envers les interprètes vocaux s’acquittant eux-mêmes royalement de leur tâche.
Petit bémol
En dépit de sa feuille de route impressionnante le baryton Roderick Williams n’était pas très en voix sans que je me sois enquis du pourquoi. Pas tout à fait à la hauteur de la tâche vocale dans les graves et il eût mieux valu une énergique basse plus solide qui puisse s’appareiller au niveau atteint par le trio vraiment divin qui s’assemblait aux récitatifs et aux arias .
Le Choeur tantôt joyeux et alerte, toujours riche de nuances en ses maintes évocations circonstanciées de la vie puis de la mort du Christ, complétait ce tableau.
Plaisirs de la musique
Je suis extrêmement choyé d’avoir retrouvé chez Roland Manuel, les mots juste pour exprimer l’art de la composition chez George-Frédéric Haendel et cela au travers ses ouvrages lus et relus intitulés Plaisirs de la musique, quatre tomes que la jeunesse musicale estudiantine aurait intérêt à redécouvrir d’ailleurs.
On ne souligne pas assez que Jean-Phillipe Rameau (né, lui, en 1683), Jean-Sébastien Bach, Domenico Scarlatti et Haendel (tous trois nés en 1685) sont les pères fondateurs de l’immense musique à survenir après eux, les véritables premiers géants incomparables auxquels succéderont Haydn, Mozart et Beethoven comme autres sommets créateurs.
Je cite donc cette phrase assez juste de l’érudit français sur Haendel né — comme Brahms le sera plus tard — à Hambourg, influencé durant sa formation par la grande musique italienne et mort en Angleterre : Haendel est un génie foisonnant qui brise les formes dans une constante et brillante improvisation.
C’est bien ça le Messie de Haendel.


































































