La semaine féérique de l’OSM s’est terminée dimanche avec la dernière présentation du maintenant traditionnel conte de Noël de Fred Pellerin à la Maison symphonique. Il prenait cette fois la forme d’un récit fondateur : celui de la naissance mythifiée de son village de Saint-Élie-de-Caxton. « Si tu sais pas que je viens de Saint-Élie-de-Caxton, check ton billet, c’est peut-être Casse-Noisette que tu t’en venais voir ». Le ton était lancé.
Une tradition du temps des Fêtes devenue institution
Cette rencontre entre Fred Pellerin et l’Orchestre Symphonique de Montréal n’est plus un simple événement saisonnier : elle est devenue, au fil des ans, une véritable institution du temps des Fêtes au Québec. Née de la complicité artistique entre le conteur et le chef d’orchestre Kent Nagano, cette alliance compte désormais sept contes symphoniques originaux. Chaque création renouvelle le plaisir de voir les histoires de Saint-Élie-de-Caxton s’entrelacer aux envolées musicales de l’orchestre; la parole populaire élevée par l’écrin symphonique, sans perdre ni sa rugosité ni son hilarité, Pellerin ne se fait pas plus solennel parce qu’il est accompagné d’un orchestre.

L’inopinée conception : La genèse d’un village
Le thème de ce nouveau récit, L’inopinée conception, s’ancre dans l’origine même de Saint-Élie-de-Caxton. À partir d’un clocher, d’une veuve, d’une petite Rose aux cheveux blancs et d’un curé shippé sous vide direct d’Amazon, le village a connu son érection canonique le 12 avril 1865. Une naissance racontée à la manière Pellerin, où l’imaginaire l’emporte sur l’histoire officielle sans jamais trahir la vérité émotionnelle puisqu’en réalité les 3 premières pages des archives municipales ont été arrachées… Un point d’origine poétique, raconté avec cette simplicité apparente qui dissimule une grande maîtrise de l’art du conte.
La langue Pellerin : une musique en soi
Sur scène, Fred Pellerin déploie cette parlure devenue légendaire, faite de néologismes, d’anachronismes assumés et de détours savoureux. Rien ne grince, rien ne choque. Sa parole circule librement, portée par une musicalité intrinsèque. C’est précisément pour cette langue-là, singulière et reconnaissable entre toutes, qu’on revient l’écouter année après année et qui nous déride à tous coups.
Un dialogue entre répertoire, création et images
La musique, allant de la Symphonie fantastique de Berlioz à l’Ode à la joie de Beethoven, trouvait aussi un ancrage contemporain grâce à une commande spéciale à la compositrice Yuliya Zakharava afin d’illustrer un tremblement de terre provoqué par un dé tombé du clocher, sans oublier l’ultime pièce de Jacques Michel Amène-toi chez nous, qui viendra conclure le récit. Les projections visuelles sur l’imposante boule de Noël suspendue au plafond ont merveilleusement bien complété ce dialogue entre le conteur et les musiciens, installant une atmosphère enveloppante, sans jamais surcharger le propos.

Nagano et l’OSM : une complicité intacte
Sous la direction inspirée de Kent Nagano – revenu spécialement à Montréal pour ces concerts – l’orchestre a ponctué le récit d’intervalles musicaux d’une grande finesse. Ce retour répété témoigne d’une amitié artistique profonde entre le chef et le conteur, au service d’une œuvre commune. Maestro Nagano reviendra en avril pour diriger le Requiem allemand de Brahms dans une version historique présentée pour la toute première fois à l’OSM.

Une captation comme ultime rendez-vous
Les quelques sièges épars témoignaient de la grande popularité de cet événement quasi bisannuel dont les trois représentations initiales ont hâtivement affiché complet. Si bien que deux supplémentaires s’y sont rapidement ajoutées, mais envolées tout aussi rapidement. Bref, nombreux sont ceux qui n’ont pu se glisser dans les sièges de velours du domicile de l’OSM. Par chance, le spectacle fut enregistré et sera diffusé ce soir, 23 décembre, à 20 h sur ICI Télé, ainsi qu’en simultané sur les ondes d’ICI Musique et TOU.TV. Une consolation, certes, mais surtout une occasion de replonger dans ce conte d’origine où le rire, la mémoire et la musique se donnent rendez-vous sous une même boule de lumière. Préparez votre boisson préférée du temps des fêtes, allumez quelques chandelles, et vous serez près de la magie vécue la semaine dernière à la maison symphonique.
Autres diffusions :
ARTV
27 décembre 21h00
30 décembre 22h00
3 janvier 17h30
ICI Musique
25 décembre 8h00
ICI Première
24 décembre 22h00
29 décembre 21h00































































