C’est dans une salle comble que le Gesù accueillait, ce vendredi, la première médiatique du concert Piano Voix Diapos de Dumas. Ce spectacle singulier, imaginé par le metteur en scène Louis-Philippe Eno, revisite les 25 ans de carrière de l’artiste de façon originale et intimiste, dans le cadre de la 39e édition de Coup de cœur francophone à Montréal.
Un minimalisme audacieux
Élégamment vêtu de noir et dépouillé de sa guitare électrique habituelle, Dumas n’a en main que son micro et sa manette pour « flipper » les diapositives. Sa guitare lui manque, on le sent quelque peu. On le surprend même une fois à esquisser le geste d’en jouer. Un automatisme? Mais il n’est pas en reste; le très talentueux pianiste Gabriel Godbout-Castonguay l’accompagne avec brio tout au long du concert.
Un virage artistique
Le rythme du spectacle est d’une agréable lenteur, autant par les mélodies au piano que par la gestuelle et la voix de l’artiste. Loin d’être ennuyé, le public se sent bercé par la voix grave et douce du chanteur. Une atmosphère feutrée nous enveloppe, rehaussée par des projecteurs qui balaient lentement la scène.
Ce spectacle est un revirement et un véritable saut dans le vide pour Dumas qui nous a habitués à des soirées dansantes et festives. Mais ce choix assumé met en valeur la poésie de ses textes ainsi que la beauté de ses mélodies et de sa voix, tout en douceur. C’est alors qu’on perçoit les chansons autrement, dotées d’une sensibilité nouvelle.
De nouveaux arrangements musicaux
Lorsque l’auteur-compositeur-interprète chante Arizona (Le cours des jours, 2003) : « Tu me fais voir l’Amérique en diapos / Oui j’arrive Arizona », on y voit comme un signe du destin, comme s’il savait déjà à l’époque qu’il présenterait ce spectacle un jour.
Et quel bonheur d’entendre de nouvelles versions de J’erre, Le cours des jours ou encore Linoléum, accompagnées au piano brut! Le public dans la salle, déjà conquis, se laisse aller à fredonner les choeurs et les refrains qu’il connaît si bien pendant les 90 minutes de la prestation.

Le temps qui passe, en diapos
Le concept du spectacle repose sur des lots de milliers de diapositives d’archives familiales québécoises (plus de 5000!), achetées par Dumas lui-même sur Kijiji et Marketplace. Une centaine d’entre elles ont ensuite été sélectionnées pour le concert.
Un peu à la manière d’un vidéoclip, les photos choisies illustrent de façon rétro les chansons réarrangées pour l’occasion, de l’album Dumas (2001) jusqu’à Cosmologie (2023). Le résultat est tantôt touchant, tantôt inattendu, voire saugrenu! C’est le metteur en scène Louis-Philippe Eno, ami d’enfance de l’artiste et réalisateur connu pour avoir notamment travaillé avec les Cowboys Fringants, qui a eu cette idée originale.
Ceux qui connaissent le répertoire de Dumas savent que le passage du temps et les différentes étapes de la vie font partie de ses thèmes de prédilection. Ainsi, le concept est tout en cohérence avec son œuvre.
En donnant une seconde vie à des images anciennes sur diapos, l’artiste permet à une certaine mémoire de se perpétuer, tout en tissant des liens entre les images projetées et sa vie, sa carrière, ses chansons.
Souvenirs et anecdotes
Au delà de la musique, Dumas se raconte. Il nous explique que pour les besoins du spectacle, tous les objets sur scène sont usagés. Puis, le chanteur raconte avec humour ses péripéties avec des vendeurs sur les plateformes de revente.
Il intercale aussi ses chansons d’anecdotes amusantes, toujours illustrées par des diapos, mais cette fois tirées de ses archives personnelles : de ses débuts au Festival international de la chanson de Granby en 1999 à sa rencontre inopinée avec Pierre Harel, de Corbach, alors qu’il était pompiste à Victoriaville, ou encore le souvenir de son premier piano lorsqu’il était enfant.
Une prestation douce et mémorable
Lumineux, tout en lenteur et empreint d’une grande douceur, ce nouveau spectacle de Dumas est une merveilleuse réussite. Le public dans la salle s’est d’ailleurs prononcé, lui réservant une ovation debout bien méritée. Piano Voix Diapos : à ne pas manquer pour redécouvrir les chansons de cet artiste sous un nouveau jour.
À découvrir : Mimi O’Bonsawin
À noter : la très courte première partie était assurée par la sympathique chanteuse franco-ontarienne et abénakise Mimi O’Bonsawin. Autrice-compositrice-interprète, son talent s’exprime à travers ses compositions en français et en abénakis, jouant aussi bien du ukulélé que de la harpe.
Sa prestation, à l’instar de l’artiste principal, était empreinte de douceur et de sensibilité. À en juger par l’étendue de son talent, gageons qu’on la reverra bientôt sur la scène culturelle québécoise.
Dumas sera en supplémentaire le dimanche 16 novembre 2025 au Gesù, à Montréal. La tournée de Piano Voix Diapos s’arrêtera ensuite dans plusieurs autres villes du Québec jusqu’en décembre 2026.
Pour toutes les informations et acheter vos billets : dumasmusique.ca
1 $ par billet vendu sera remis à la Fondation Cowboys Fringants.
Photos : Coup de cœur francophone – Charles-Antoine Marcotte


































































