C’est dans une salle comble du Cabaret La Basoche, où les billets se sont envolés en moins de 24 heures, que Stéphanie Boulay a présenté son nouveau spectacle Est-ce que quelqu’un me voit. Avant son entrée en scène, le public a eu droit à une première partie empreinte de douceur et d’authenticité signée Étienne Coppée.
La poésie folk d’abord
L’auteur-compositeur-interprète montréalais, lauréat de la 25e édition des Francouvertes, a su créer dès les premières notes une atmosphère intimiste et bienveillante. Avec sa poésie folk francophone empreinte de l’esprit d’Harmonium des années 1970, Coppée a livré cinq pièces qui ont charmé la salle, dont Écoute, inspirée du roman Le parfum.
Le musicien y évoque le désir d’entendre ce que les autres ne peuvent pas entendre, un écho poétique à la sensibilité rare de son univers. La prestation s’est conclue sur Demain il fera beau, une chanson à saveur gospel qui lui a valu une ovation sincère. Avant de quitter la scène, il a confié préparer un projet hommage à Joe Dassin.
Place à Stéphanie Boulay
Puis, place à Stéphanie Boulay qui a captivé l’auditoire dès son entrée sur scène, accompagnée de Charles Blondeau à la batterie, de Camille Gélinas au clavier et d’Alexandre Martel à la guitare et à la basse. Est-ce que quelqu’un me voit n’est pas qu’un concert : c’est un manifeste sensible et percutant sur la place des femmes, les pressions sociales et les blessures invisibles.
Dans une mise en scène dépouillée, l’artiste explore avec une franchise désarmante des thèmes rarement abordés : le fait de ne pas avoir ou vouloir d’enfant, la pression d’être en couple pour être « complète » ou encore le besoin d’attention jamais reçu d’un père depuis l’enfance.
Entre chaque chanson, Boulay partage de brèves confidences teintées d’humour, notamment sur le fait que, tant qu’à être « dans la marde », autant plonger jusqu’au bout, sur ses dates Tinder pas tellement glorieuses, ou encore sur ses 18 000 $ investis en thérapie sans se sentir fondamentalement changée.

Lucidité et autodérision
Ces moments de lucidité et d’autodérision renforcent le lien sincère qu’elle tisse avec le public à qui elle rappelle : « C’est en se rencontrant comme ça qu’on arrive à se réparer ». Ses mots ciselés et imagés font résonner une vérité universelle : celle de vouloir être vue et reconnue sans compromis. Musicalement, la douceur des arrangements soutient une voix limpide, oscillant entre fragilité et force tranquille.
Est-ce que quelqu’un me voit confirme la place singulière de Stéphanie Boulay dans le paysage musical francophone. Avec une authenticité désarmante, elle transforme sa vulnérabilité en puissance poétique. Un spectacle bouleversant et nécessaire qui donne une voix à celles et ceux qui se sentent parfois invisibles.
Photo©André Chevrier


































































