Il a la tête d’un rocker, un physique qui attire le regard – ventre plat, bras sculptés – et 62 années d’expérience de vie sur Terre. Papa, grand-papa, amoureux, Rick Hughes vient de s’offrir le cadeau d’une vie avec son nouvel album Redemption. Mais surtout, c’est nous qui avons la chance d’en profiter.
En entrevue, il incarne à merveille le rôle de Monsieur Cool. Il y a quelques semaines à peine, il reprenait du galon sur scène avec Sword, le groupe heavy metal qu’il a fondé en 1981. Aujourd’hui, il nous entraîne avec son nouvel opus dans un hard rock authentique, brut et vibrant.
Sa carrière impressionnante l’a mené à côtoyer et travailler aux côtés des plus grands noms du rock de Jon Bon Jovi, à Metallica, à Alice Cooper, à Motorhead. Ce parcours aboutit aujourd’hui à un véritable bijou : un album serti de dix morceaux puissants et inspirés.
En fait, cet icône du metal québécois et voix incontournable depuis les années 80, revient là où tout a commencé: un rock puissant, sans compromis, mais mûri par 23 ans de sobriété et une approche artistique profondément assumée. Avec Redemption, il signe un album qui rallie producteurs et musiciens légendaires, et ouvre une nouvelle ère, plus lucide, plus solide, plus personnelle.
Après une carrière qui a démarré très fort avec Sword, quel regard portes-tu aujourd’hui sur cette période fondatrice?
Rick Hughes : Je suis fier d’avoir été la voix d’un heavy metal old school traditional, celui qui s’inscrit dans la tradition Deep Purple, AC/DC, Led Zeppelin ou Iron Maiden. À l’époque, Sword appartenait vraiment à cette communauté. Ça nous a ouvert des portes incroyables, dont des premières parties avec Metallica et Alice Cooper. Après les années 90, j’ai pris un virage plus hard rock avec Aldo Nova et Stéphane Dufour, j’ai fait de la scène, du studio, du chœur… 5 ans en tournée avec Éric Lapointe. Tout ça a façonné le chanteur que je suis devenu.
Ta voix est légendaire. Comment l’as-tu entretenue et fait évoluer?
Rick Hughes : Elle a évolué parce que moi j’ai évolué. Elle est plus fine et plus colorée. À un moment, à 30 ans, ma vie a commencé. J’ai compris qu’il fallait que je prenne soin de ma voix si je voulais durer. Je suis arrivé à un carrefour.
J’ai retiré le vin de mon eau. Littéralement. Je suis sobre depuis 23 ans, je dors bien, je fais mes exercices, j’ai une routine quotidienne dans mon gym où se trouvent aussi mes guitares. Ce n’est pas une corvée le gym : c’est un cadeau que je me fais. Je marche aussi 2 ou 3 kilomètres en montagne, en terrain accidenté, avec mes chiens et blonde Nancy. Être en forme physiquement, ça change une voix. La force vocale vient aussi de l’équilibre mental et du calme.
Donc tu n’as jamais eu de problème de voix?
Rick Hughes : Pas vraiment au niveau de la voix, mais j’ai eu un gros problème d’oreille. Une surdité subite du côté droit, après un show de Metallica au Stade olympique en 2023 alors que j’ai été invité dans le snake pit avec mon frère. J’ai vu des spécialistes. Ça m’a pris un an et demi pour récupérer. Quand tes oreilles ne suivent plus, tu forces ta voix. On ne le dit pas assez : les oreilles sont aussi importantes que les cordes vocales.
Ta sobriété occupe une place importante dans ta vie. En quoi cette transformation a-t-elle influencé ta créativité?
Rick Hughes : Ça a tout changé. Avant, j’étais pris dans un cycle d’alcool, de gueules de bois et de journées gaspillées. La sobriété m’a ramené l’équilibre. Tu rebâtis ta vie brique par brique, et chaque matin tu es présent. Ça te redonne une clarté d’esprit incroyable pour écrire, composer, créer.
Redemption — Le nouveau chapître
Le titre Redemption est puissant. Que signifie-t-il pour toi?
Rick Hughes : C’est un retour à mes racines hard rock, mais avec tout ce que j’ai appris depuis. La musique rock est très variée. Elle fait dans tous les styles : blues, country, balades, pop-rock… C’est ce que je voulais, c’était retrouver « ma maison ». Deux ans à travailler sur Redemption, c’est ça : revenir à l’essentiel, avec maturité.
Tu t’es entouré de légendes : John Webster, Tommy Aldridge, Brad Gillis, Robby Krieger… Comment ont-ils influencé le son final?
Rick Hughes : C’est un gamble que tu prends : tu crois que tout va se mettre en place… et ça se met en place. J’ai enregistré Redemption au Little Mountain Sound Studios à Vancouver, une référence dans le rock. L’album fonctionne aux États-Unis, on a signé récemment au Brésil et au Japon. C’est rare aujourd’hui que les labels prennent ce risque. Leur confiance montre que rien n’est perdu. Et ces musiciens-là, ils élèvent tout ce qu’ils touchent.
L’avenir
Que peut attendre le public de la tournée Redemption?
Rick Hughes : Au Québec, c’est un micro-marché : tout arrive par vagues. On discute déjà des dates. Je veux un show où je peux offrir le meilleur de moi-même : du Sword, mes albums solos, et les nouvelles pièces. Puis, être sur scène, fait partie d’une des deux places où je suis heureux : la première étant chez moi.
Quel conseil donnerais-tu au jeune Rick Hughes ?
Rick Hughes : Fais attention à ce que tu dis. Dans l’émotion, j’ai parfois mal choisi mes mots et je me suis fait des jambettes sans le vouloir. Pour le reste… je suis heureux d’où je suis rendu. J’ai appris. Aujourd’hui, j’écris mes mots avec douceur.
Photo : Sébastien Jetté
Site web : Rick Hughes


































































