De retour à Montréal depuis quelques jours pour présenter La vie en Piaf, son spectacle hommage à Édith Piaf, Vladimir Korneev irradie d’une énergie calme et lumineuse. « Arriver à Montréal, c’est comme une grande respiration », confie-t-il. « Ici, mon système devient paisible. Les gens sont chaleureux, ouverts, d’une rare sincérité. J’ai l’impression de parler à ma sœur quand je discute avec un Québécois. »
Une rencontre précoce avec Piaf
Né en Géorgie et formé en Allemagne, Korneev découvre Édith Piaf à l’âge de douze ans, lorsque ses parents lui offrent un disque de la chanteuse pour son anniversaire. Ce cadeau, presque anodin, marquera un tournant.
« Plus tard, quand je suis devenu chanteur, j’ai redécouvert Piaf de manière plus intime, surtout à travers son histoire avec le boxeur Marcel Cerdan. Cet amour perdu dans un accident d’avion m’a bouleversé. À 25 ans, j’ai moi aussi perdu un grand amour dans un accident de voiture… Ce spectacle est une façon de relier nos deux histoires. »
La vie en Piaf n’est pas qu’un hommage : c’est aussi une introspection.
« Dans la deuxième partie du spectacle, je raconte mon propre parcours, mes chansons, mes blessures. Je crois que c’est pour cela que je raconte l’histoire de Piaf : pour offrir au public une approche nouvelle, plus personnelle, j’ai créé mes propres arrangements musicaux et Marcus Syperek, mon collaborateur à Berlin, en a été l’ingénieur. »
Au Québec, le pianiste Guillaume Martineau pour lequel Vladimir n’a que de bons mots, l’accompagnera. «C’est l’un des meilleurs pianistes que j’aie connu. Après une première répétition, j’ai eu l’impression que cela faisait 10 ans qu’on travaillait ensemble !»
Le souffle du français
Vladimir Korneev chante en plusieurs langues — allemand, russe, anglais, français — mais le français occupe une place singulière.
« C’est une langue sensuelle, qui résonne dans le visage, surtout dans les lèvres. Elle vit dans le souffle et la chair. Chanter en français, c’est comme danser avec le texte : tout le corps y participe. »
« Arriver à Montréal, c’est comme une grande respiration »
L’acteur au service de la chanson
Formé au théâtre à Munich, Korneev aborde chaque chanson comme un rôle, sans jamais chercher à imiter.
« Je ne joue pas Piaf, je laisse simplement passer son histoire à travers moi. Mon expérience d’acteur m’aide à canaliser l’émotion. Chaque chanson est une histoire, une sorte d’opéra en trois minutes. Il ne faut pas expliquer au public ce qu’il doit ressentir, il faut lui permettre de le vivre. »
Un parcours entre guerres, musiques et langues
Fils de réfugiés géorgiens, Vladimir Korneev a grandi en Allemagne après avoir fui la guerre avec ses parents à l’âge de 6 ans. Enfant bègue, il trouve dans la musique et le théâtre une manière de se libérer. À 17 ans, il monte pour la première fois sur scène. Sa carrière s’impose rapidement sur les scènes germaniques : il remporte plusieurs prix d’interprétation, joue dans des films et conquiert le public berlinois avec sa voix de baryton au timbre chaud et expressif.
Korneev s’est produit dans de nombreux pays : en France, aux États-Unis — notamment à New York lors d’un concert privé où il chante pour Monica Bellucci — et à San Francisco, où il interprète un programme autour de Kurt Weill.
« Chanter en français, c’est comme danser avec le texte : tout le corps y participe »
Piaf, Dumont et la filiation musicale
La première chanson de Piaf qu’il ait apprise est Mon Dieu, de Charles Dumont. « À chaque fois que je la chante, c’est comme une première fois. Je me sens traversé par une force. » Il se souvient avec émotion de sa rencontre avec Dumont à Paris : « Il m’a invité chez lui. C’était un homme d’une grande gentillesse. Je lui ai joué ma version de Non, je ne regrette rien, que j’avais mélangée avec Rachmaninov. Ce fut un moment inoubliable. »
Dalida, la révélation
Avant Piaf, il y a eu Dalida. À 20 ans, son professeur de chant lui montre une vidéo de Dalida interprétant Je suis malade. Ce fut une révélation. « J’ai décidé ce jour-là de devenir chanteur. Dalida m’a accompagné depuis ce moment. Ses chansons — Mourir sur scène, Il venait d’avoir 18 ans — sont comme des miroirs de ma vie. »

LE DROIT D’AIMER – Das Recht zu lieben
Montréal et la scène : le lieu du vrai
Depuis ses débuts ici il y a 3 ans, Korneev garde un souvenir ému du public québécois. « À la Cinquième Salle, j’ai ressenti une générosité incroyable, un respect. Après chaque concert, j’aime rencontrer le public, parler, signer des disques. Je me sens adopté. »
Pour lui, la scène est un espace sacré. « C’est là que je me sens le plus vivant. En allemand, on dit ein Pferd auf der Bühne sein — être comme un cheval sur scène. C’est animal, instinctif. Je peux me connecter à mon âme, à Dieu, à la vie. Enfant, j’ai vécu la guerre, la violence, la perte de confiance… Sur scène, je retrouve cette confiance. »
Pour travailler ses textes, il a d’ailleurs choisi le Bah Café, rue Marie-Anne, où le barista brésilien est aussi maître de capoeira. En plus de garder la forme avec le yoga et le gym, il s’apprête à joindre un groupe de capoeira, ce qui lui rappellera sans doute ses seize ans, époque où il pratiquait déjà cette danse. Un bel équilibre entre discipline, mouvement et inspiration.
La foi, la joie et Parapapam
Artiste croyant, Korneev se dit heureux de rejoindre encore une fois cette année Parapapam, le spectacle musical du temps des Fêtes au Québec. « C’est une célébration de la naissance du Christ, et pour moi c’est important. Je quitte le Québec pendant 5 jours pour mes concerts de Kurt Weill pour revenir à Montréal faire Parapapam. C’est avec ce spectacle que j’avais commencé cette belle aventure. »
Et si Piaf revenait…
S’il pouvait rencontrer Piaf à la fin du spectacle, que lui dirait-il ?
Il prend la pause un instant, puis murmure simplement :
« Merci. »
Photo en Karl André.
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La vie en Piaf : les dates et villes de la tournée et les billets
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Vladimir Korneev



































































