— Au Musée McCord Stewart à Montréal
Émouvante au possible, cette exposition!
C’est avec une joie de gamin que je me suis vêtu sportivement pour examiner, mercredi 25 mars, avec mes yeux d’enfant rajeuni la fort belle exposition du Musée McCord Stewart prenant prétexte important du cinquantième anniversaire des inoubliables Jeux Olympiques de Montréal pour nous rappeler qui nous fûmes ces années-là.
Le Québec d’hier bien visible aujourd’hui
Nous n’avons, au bout du compte, rien à regretter de cette extravagance, malgré des coûts ascendants de 2 milliards et demi de dollars soit dix fois le prix prévu.
Le moment de vivre la fête constituait une ivresse de plus, pour nous, Québécois remplis d’espoirs, autrefois si aptes à la fête, et nous avions alors ouvert nos foyers au monde entier.

Combien l’échancier fut un stress collectif! Des photos nous en rappellent la construction retardée, l’angoisse extrême des Montréalais inquiets que tout ne soit pas prêt.
La rétrospective illumine indéniablement une société sensible au monde, très à la page des révolutions sociales et politiques du temps: on y revoit hélas les constructeurs opportunistes et nos gourmands syndicats caricaturés de toutes parts. Humour noir, rire jaune, combien est éloquente leur collection de caricatures en ce musée!
Arts et culture aussi
On y reverra la valeureuse Simonne Monet-Chartrand et ses artistes engagés (l’Exposition extérieure Corridart démantelée), tout autant que notre peuple enthousiaste s’instruisant de tout ce qui pouvait être sport sur cette Terre.
En effet, les Jeux, comme l’indiquait le beau discours fignolé de la porte-parole de l’exposition, Marie-Josée Turcotte, nous ont permis d’enfin ajouter un peu de connaissances envers les autres sports car nous n’avions alors d’yeux que pour les sempiternels hockey, baseball et football. Et, en 1976, nous étions aussi un peuple cherchant la reconnaissance internationale!
Robert Bourassa et la RIO sauvent les Jeux
Des images du rêve (pour certains athlètes africains renvoyés chez eux par boycott, ce fut un cauchemar) s’affichent en multiples caricatures éloquentes de l’autoritaire ou mégalomane dictateur, très certainement homophobe maire, l’ambitieux Jean Drapeau.
Des éditoriaux d’alors le décrient et sont affichés judicieusement.

Exclu des ultimes heures ce Jean Drapeau
Drapeau, en se faisant exclure de la gestion du projet un franc 18 mois avant l’ouverture des Jeux, méritait-il cette gifle publique? Il le fallait, afin que Victor Godbloom, le ministre libéral de cette époque mouvementée, agisse comme chef d’orchestre dirigeant les forces en présence (sans alors encore percevoir les fraudes des constructeurs du stade et du Village olympique).
À relire ainsi…le magnifique livre Le dossier olympique (ou The Billion-Dollar Game: Jean Drapeau and the 1976 Olympics) de Nick Auf Der Maur qui nous avait dessillé les yeux là-dessus.
Uniformes, timbres, monnaie, lotteries olympique
Images-photos, vidéos et extraits éloquents abondent: des rappels de qui furent nos athlètes canadiens tels Claude Ferragne et Greg Joy (saut en hauteur), Diane Jones (heptathlon), nos médailles (Nancy Garapick) à la piscine, les polémiques face à l’Allemande de l’Est Kornelia Ender où l’Américaine Shirley Babashoff fut frustrée de médailles d’or, et, évidemment, l’inoubliable Nadia Comaneci qui incarne encore les Jeux de 1976 (gymnastique).

Que de belles réminiscences!
J’ai souri à la vue de toutes les tenues olympiques officielles me ramenant comme athlète de 15 ans ayant été vendeur d’estrade au stade à la cérémonie d’ouverture, à ma surprise apercevant, in vivo, mon collègue d’entraînement, Stéphane Préfontaine, surgir sur la piste du stade, en belle compagnie, tenant la flamme olympique jusqu’à la vasque, en cet inoubliable multicolore 17 juillet 1976!
L’exposition m’a rappelé ma collection de timbres canadiens que j’ai, par manie d’accumuler, conservée intacte, tout comme la monnaie olympique que nous achetions en espérant qu’elle prenne de la valeur. Pour la loterie, je n’en pouvais acheter à 15 ans.
Le prix d’entrée
Le tableau d’ensemble de la rétrospective est complet. Cependant, qu’il me soit permis d’exprimer que le prix d’entrée de 22 dollars par adulte me désole profondément. Un couple avec deux adolescents iront donc s’instruire de ce haut moment pour 88 dollars?
C’est tout partout affolant (en Europe c’est bien pire) combien les frais d’entrée des musées empêchent sans contredit l’accès. Ça n’ôte rien au valeureux commissaire Christian Vachon qui nous expliquait, avec tout son sincère coeur, la grande valeur incontestable de son exposition.
Néanmoins, la directrice Anne Eschapasse aura de quoi être fière de ce rappel et la présence d’une collègue athlète et amie de longue date comme porte-parole, Marie-Josée Turcotte, tout cela me mit le coeur à la fête: c’était en 1976, en somme, cette Fête réactualisée au Musée McCord, je dirais quelque chose comme un rappel d’hier soir, tout ça.




























































