Cette année, le FTA investit la Maison Théâtre pour une rencontre au sommet entre la science, le mythe et la politique. Avec Vampyr, la chorégraphe et dramaturge chilienne Manuela Infante — figure incontournable de la scène internationale — nous livre une satire environnementale décapante sous la forme d’un « faux documentaire » (mockumentary).
L’œuvre dissèque avec une précision chirurgicale l’impact tragique des éoliennes sur les populations de chauves-souris en danger. Avec un humour cinglant, Infante détourne la légende du vampire pour lui donner un twist sud-américain inédit.
Dans un monde d’exploitation acharnée au nom de l’économie verte, la figure vulnérable du vampire devient le miroir de notre faim insatiable de ressources. Entre absurdité et philosophie, Vampyr pulvérise nos fantasmes de progrès et d’éternité.
Entre rire et douleur : l’errance des créatures
Le spectacle s’ouvre dans une atmosphère incroyablement hilarante, portée par une drôlerie absurde. Mais, au fil de la performance, la satire glisse vers quelque chose de profondément émouvant et absolument déchirant. Au cœur d’un parc éolien, deux créatures — les époustouflants Marcela Salinas et David Gaete — s’égarent. Errant dans un entre-deux spectral, mi-vivantes, mi-mortes, elles oscillent perpétuellement entre le rire et la douleur.
Dans un état de métamorphose constante, elles incarnent tour à tour des travailleurs de nuit exténués et des animaux désorientés. Par une physicalité comique et des joutes verbales malicieuses, elles donnent corps à une lutte acharnée contre les divisions coloniales et le « monstre extractiviste » qui dévore terres et âmes. Le texte poétique s’élève au-delà du langage articulé pour illustrer cette « proactivité incessante » menant à l’épuisement total.
L’horreur invisible de la transition
Le spectacle met en lumière le phénomène méconnu du barotraumatisme : le piuchén (vampire du Chili) ne meurt pas seulement de collisions, mais de l’explosion interne de ses organes due aux changements de pression. Infante transforme ce fait scientifique en une réflexion métaphysique sur un « théâtre non-anthropocentrique », où l’humain n’est plus le centre du monde.
Vampyr est un avertissement sensoriel, un cri poétique pour la reconnaissance de toutes les formes de vie. Ça ne laisse pas indifférent, et on rit beaucoup, mais il y a aussi un propos plus profond, et des récits poignants. A voir absolument!
29, 30 et 31 mai 19.00 La Maison Théâtre
245, rue Ontario Est Montréal (Québec) H2X 3Y6
Détails et billets : https://fta.ca/en/programme/vampyr
Photo : Nicholas Calderon






























































