Le 28 avril, la salle principale du Théâtre Prospero s’est métamorphosée. Elle a pris les allures d’une galerie d’art pour accueillir Laarm de Plœrs, une création de l’incontournable Christian Lapointe, produite par Carte Blanche. Fidèle à ses chroniques et à ses interventions publiques, l’artiste revendique ici haut et fort la fonction politique de l’art, remettant en question son pouvoir et son rôle au sein de notre société.
Le piège de la post-vérité
Dès l’ouverture, Christian Lapointe tend un piège magistral à son public. Il présente le parcours d’une dramaturge néerlandaise, décédée tragiquement à l’âge de 31 ans dans des circonstances nébuleuses. Tout concourt à asseoir la véracité de son histoire : articles de presse, manifestes radicaux et entretiens télévisés d’époque valident son existence, son œuvre et le scandale qu’elle a suscité.
Pourtant, Laarm de Plœrs est une pure invention.
En jouant avec les mécanismes de l’ère de la post-vérité, Lapointe sème le doute sur les archives et sur notre propre capacité à discerner le vrai du faux. L’immersion commence dès l’entrée, où le public est invité à parcourir les pages d’un livre que l’on nous prête, nous plongeant d’emblée dans l’intimité de cette créatrice factice.
Un dispositif entre galerie et archives
Sur scène, les complices de Lapointe, Sylvio Arriola et Amélie Dallaire, incarnent respectivement un galeriste et une commissaire. Ensemble, iels préparent le lancement du livre posthume de l’artiste dans un espace peuplé de mondes miniatures créés par Mathieu Arsenault.
L’œuvre nous transporte dans un espace hanté par les souvenirs de la figure de Laarm de Ploers. Ce personnage fictif, écrivaine néerlandaise aussi mystérieuse qu’étonnante, plane sur toute la pièce comme une présence invisible mais omniprésente. Les deux protagonistes tentent de reconstruire la mémoire d’un monde disparu à travers les manuscrits cryptiques de cet auteur énigmatique. Des mondes miniatures, qui offrent au spectateur un aperçu de la vie de l’écrivaine, sont habilement projetés en arrière-plan, nous donnant ainsi un regard sur le mode de vie impétueux de cette auteure.
Ce dispositif crée un contraste saisissant entre l’infiniment petit et la démesure des idées de la créatrice. Progressivement, les interprètes eux-mêmes semblent contaminés par les miniatures et par l’aura de Laarm de Plœrs, laissant la fiction déborder sur le réel.
L’élément le plus marquant de cette production fut sans aucun doute l’implication directe des spectateurs, invités à emprunter le livre Laarm de Plœrs pour en lire des passages durant la représentation. À l’issue du spectacle, il est d’ailleurs possible de se procurer l’ouvrage !
Avec cette œuvre, Christian Lapointe — figure de proue de l’avant-garde théâtrale québécoise — réaffirme l’audace de sa vision. Il déploie ici un univers métaphysique d’une rare densité qui confirme, une fois de plus, la finesse de son génie scénique. Une expérience incontournable.
Informations pratiques
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Dates de représentations : Du 28 avril au 16 mai 2026
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Horaires :
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Mardi et jeudi à 20 h
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Mercredi et vendredi à 19 h
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Samedi à 15 h
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Lieu et Billetterie : Théâtre Prospero 1371, rue Ontario Est, Montréal (Qc) 514 526-6582 | billetterie@theatreprospero.com theatreprospero.com
Photo : Valérie Remise






























































