Montréal s’apprête à vivre une secousse esthétique. Dès demain, le Centre PHI transforme le Vieux-Montréal en un laboratoire de perceptions où se télescopent deux visions radicales de notre monde : celle, numérique et hantée, de Jakob Kudsk Steensen, et celle, physique et malicieuse, de Paola Pivi. Une double exposition qui montre la nature, mais qui nous force à en habiter les failles.
Jakob Kudsk Steensen : L’immersion comme acte de soin
Dans les espaces de la rue Saint-Jean, Jakob Kudsk Steensen nous plonge dans une narration environnementale d’une précision chirurgicale. À travers la réalité virtuelle et des paysages sonores abyssaux, l’artiste danois ressuscite des écosystèmes que nos yeux ne savent plus voir.
Au-delà de la prouesse technique, c’est une véritable connexion somatique qui s’opère. En utilisant la photogrammétrie pour numériser des détails organiques invisibles — la mousse, l’écorce, les jeux de lumière sous l’eau —, Steensen transforme la galerie en un espace de méditation active.
Le visiteur n’est plus spectateur ; il devient une particule de l’écosystème, invité à une lenteur rituelle où le pixel semble vibrer d’une vie propre. On en ressort avec une certitude troublante : l’urgence écologique n’est plus une statistique, elle est une expérience sensorielle.
Paola Pivi : La matérialité de l’imposture

À quelques pas de là, rue Saint-Pierre, Paola Pivi nous accueille avec une irrévérence salvatrice. Connue pour ses installations surréalistes, l’artiste italienne préfère la matérialité brute pour bousculer nos certitudes.
Le cœur de son travail réside dans la tension entre la douceur apparente et le choc conceptuel. Ses célèbres ours polaires ne sont pas simplement mignons : en remplaçant leur fourrure par des plumes multicolores, attributs de légèreté liés au vol, sur des corps massifs de prédateurs, elle crée des objets absurdes qui défient toute taxonomie.
Ce déplacement nous force à questionner notre propre regard : pourquoi l’animal nous semble-t-il plus vulnérable ainsi paré ? Pivi utilise l’artifice pour révéler une vérité émotionnelle, transformant l’exposition en un théâtre où l’humain fait face à son désir de domestiquer le sauvage.
Le point de convergence : Un éveil nécessaire
Si Steensen nous invite à une méditation technologique sur la mémoire de la Terre, Pivi nous confronte à sa part de mystère et d’étrangeté. Là où l’un utilise le code pour nous faire ressentir la vibration du vivant, l’autre utilise la plume pour en souligner l’impossibilité de le saisir totalement.
Ensemble, ils illustrent la dualité de l’art contemporain : entre le besoin de sauvegarder le monde par l’archive numérique et celui de le célébrer par l’imaginaire le plus débridé. Ne manquez pas ce rendez-vous : entre le virtuel et le sauvage, le Centre PHI nous offre ici l’une des programmations les plus stimulantes de la saison.
Informations pratiques :
Ouverture au public : Demain, 23 avril 2026.
Lieux : 407 rue Saint-Pierre (Paola Pivi) et 451 rue Saint-Jean (Jakob Kudsk Steensen).



























































