NDLR : La photo en accueil est celle des 10 demi-finalistes du Concours 2026. L’annonce a été faite à la suite des délibérations ayant suivi la dernière séance de cette Première épreuve, soit après qu’Éric Sabourin ait écrit son article.*
Le Concours Musical International de Montréal (CMIM) offrait dix autres récitals de violon, souvent en solo, mais en bonne partie accompagnés au piano. Je relate ici mes observations de ceux qui ont eu cours le jeudi 28 mai à la salle Bourgie. Nous les avons tous attentivement écoutés.
Premier constat, le niveau d’excellence est indéniable et extrêmement élevé de sorte que choisir les dix plus prometteurs, pour la prochaine demi-finale, devient un casse-tête. Les facteurs influents du répertoire choisi par chaque interprète interfèrent de beaucoup: à savoir si ce jury est composé ou non de juges préférant les oeuvres plus contemporaines ou les rares trouvailles aux grands classiques plus connus du vaste répertoire pour violon.
Instantanéité du sublime au violon
La transcendance et la quintessence sont les qualités les plus précieuses du sublime, rare attribut et surtout d’immédiate révélation. Au violon, le son émanant d’un instrumentiste révèle, aux tout premiers timbres, à la première phrase, aux toutes premières secondes toute sa constitutive splendeur radieuse. Cela miroite la fameuse chatoyante personnalité d’un interprète.
Un petit jeu réalisé le premier jour de présentation des concurrents, par le CMIM avec sur scène les 24 sélectionnés comportait une oeuvre surprise! Supposément collective où subitement un fragment devait être joué (même en lecture à vue) par chacun des solistes : l’exercice fut révélateur de ce que certains des violonistes (dont je parlerai « comme par hasard » plus élogieusement ici même — ce qui avère ce jeu pas du tout anodin) faisaient chanter — à l’instant même que leur archet touchait les cordes de leur violon — beaucoup plus éloquemment ou poétiquement ou énergiquement le fragment qu’on leur consacrait en cette hasardeuse expérience ludique.
Excellent Justin Saulnier
Des dix récitals du 18 mai, souvent bien au-delà des dites trente minutes requises, je dois souligner la performance plus qu’honorable du Franco-Ontarien de 21 ans, Justin Saulnier, accompagné par le pianiste bien connu Gaspard Tanguay-Labrosse.
Ce jeune violoniste est désormais un Montréalais aux études à McGill : c’est un excellent élève du brillant Andrew Wan, le violon solo de l’OSM et cet émule sensible, d’une sobre élégance, nous a offert le plus beau récital de violon de quelqu’un d’ici ait réalisé depuis la violoniste Chantal Juillet.
Son programme répondait à toutes les exigences du Concours, mais en répertoire plus traditionnel, soit ce qui fut une belle et mesurée première sonate de Bach que la lumineuse Sonate pour piano et violon de Claude Debussy avait splendidement précédée. La Polonaise en ré majeur de Wieniawski complétait avec fougue ce que lui et son propre pianiste avaient manifestement beaucoup fignolé.
Yume Zamponi et Dayoon You
Mon panorama de la journée, en ce succinct rapport ne reprenant pas en ordre d’apparition mais en palmarès personnel de ravissement — quelque confiance qu’on ait en moi à ce sujet — je parlerai tout d’abord de deux autres violonistes ayant retenu mon attention pour une accolade.
Ils sont présentés ici dans l’ordre de la magnitude de l’émerveillement que j’aie pu ressentir à les écouter sans a priori.
Tout d’abord le superbe artiste de 24 ans qu’est le prodigieux Coréen Dayoon You avec son étincelante Sonate solo no 3 d’Eugène Ysaÿe et tout autant la Fantaisie opus 47 de Arnold Schönberg que les exigeantes oeuvres choisies de Fritz Kreisler qu’il a exprimées avec une grande aisance.
Ensuite l’éloquente intelligence musicale de la nippo-italienne Yume Zamponi d’à peine 20 ans dans un audacieux programme très original offrant du George Enescu, du Henrich Wilhem Ernst et du Heinrich Ignaz Franz von Biber.
Accompagnée par la pianiste Jin hee Park tout sortait des sentiers battus et ça plaira aux juges modernistes et amateurs de découvertes intéressantes sorties des oubliettes.
En début de soirée, je me dois de souligner la talentueuse violoniste de 18 ans Seoyeon Baik pour sa très belle sonate de Francis Poulenc qu’accompagnait si bien Alexey Shafirov.
Incontournables Bade, Takeucho et Kim
Évidemment qu’une journée entière de performances optimales suppose des coups de coeur pour celui qui se refait une virginité chaque fois qu’un nouveau concurrent se présente sous les projecteurs.
Depuis le tout début du concours, j’avais même été signifier à la virtuose turco-belge de 19 ans Bade Dastan que le mince fragment entendu de son violon au premier jour (de même l’ai-je dit au Japonais Takeucho en qui je formulerai tantôt de vifs éloges) m’avait révélé l’aura de la musicalité immanente à sa personne.
Métaphores recherchées
La radieuse Bade Dastan, demoiselle à si fort tempérament, incarne une gracieuse princesse d’humilité naturelle: en ses phrasés de profonde intelligence et d’une délicatesse m’ayant tant ému, j’ai éprouvé jusqu’aux frissons lyriques à tel point que j’en cherchais mes mots.
J’accuserai mon âge, mais à 15 ans, voyant les arabesques et pirouettes ou volutes spatiales de l’inégalable jeune déesse roumaine inoubliable, Nadia Comanecci, si spontanément reine des Jeux de Montréal, jamais depuis lors n’avais-je éprouvé tant d’émoi à cette grâce naturelle mais ici par la musique sourdant de l’archet et de ce violon Nicolo Gagliano de 1732.
Une poésie éloquente tout partout, des accentuations langoureuses, une sensualité aux plus fins pianissimos et Bade Dastan qui se fond dans les courbes de sa danse. Cette artiste se glisse comme une fée en ces songes mêmes de la Sonate no.2 pour violon seul de Bach.
Le Cantabile de ses Cinq mélodies pour violon et piano opus 35 de Sergueï Prokofiev avec la féline et surprenante accompagnatrice Jinhee Park enchantaient le parterre. Pour terminer, je dirai naïvement peut-être tout simplement le plus sublime Introduction et rondo capricioso opus 28 de Camille Saint-Saëns que j’aie entendu de ma vie. Les vivats de la foule ont dépassé toute espérance.
Prions qu’elle passe, car ces concours toujours nous brisent le coeur tant les alchimies mathématiques et la grande disparité des jugements entortillent les coups de dés de l’Imprévisible Destin. Mais je crois qu’elle est promise au plus grand des avenirs.
J’ai pensé même, en l’observant, à la grâce de l’autrefois Jacqueline Du Pré berçant son violoncelle, mais ici Bade Dastan danse comme une Muse apparue d’un inatteignable Olympe, enfin je ne saurais comment mieux cerner la magie de son aura musicale.
Deux immenses artistes
Accompagné par le phénoménal pianiste Alexey Shafirov, le distingué Japonais Koshiro Takeuchi âgé de 20 ans dont le fragment joué au premier jour m’avait tout autant alerté à cette mystérieuse lumière apparentée à celle de Christian Ferras qu’il déploie dans Bach, Beethoven et la Fantaisie Carmen de Franz Waxman si souvent jouée. Voilà un autre grand talent élevant le niveau de ce concours.
Je termine cette recension-éclair avec ma dernière grande étoile bouleversante soit le Coréen Sijun Kim âgé de 23 ans. Un autre superbe musicien si sincère tant dans ce Thème et variation d’Olivier Messiaen que dans ce si difficile Subito pour violon et piano de Witold Lutoslawski.
Au final, un son épatant, un enlevant récital de folie pure en compagnie du pianiste Carson Becke et son programme si exigemment bien réalisé devrait lui valoir une place parmi les 10 devant rester en lice.
Il reste 5 récitals cet après-midi d’autant de violonistes talentueux.
Je publie à l’instant mes éloges, et, mouchoirs en main, je prépare, le coeur serré, mes mains à sécher mes émois de joie ou de peine.
* La Demi-finale aura lieu à la Salle Bourgie :
- 30 mai à 19 h 30
- 31 mai à 13 h 30 et 19 h 30
VOICI LES 10 VIOLONISTES QUI PARTICIPERONT À LA DEMI-FINALE
- Bade Dastan, Turquie et Belgique
- Laurel Gagnon, États-Unis
- Michael Germer, Danemark
- Yuki Hirano, Japon
- Sijun Kim, Corée du Sud
- Hannah Tam, Hong Kong
- Koshiro Takeuchi, Japon
- Sara Watanabe, Japon
- Yume Zamponi, Italie et Japon
- Aozhe Zhang, Chine






























































