On les a connus plus dissipés, plus éclatés, parfois même désorganisés. Mais les Lauriers de la gastronomie québécoise 2026 marquent un tournant. À la Salle Pierre-Mercure, le gala trouve enfin son rythme : serré, efficace, assumé. Fini l’impression de soirée qui s’étire ou qui se disperse — place à une cérémonie qui se tient, qui avance, et qui reflète enfin une industrie arrivée à maturité.
En 90 minutes à peine, les 17 prix ont été remis sans temps mort. À l’animation, le chef Danny St-Pierre s’est montré à la hauteur : précis, drôle sans excès, capable de ramener l’attention d’une salle comble et parfois fébrile. Une performance qui a largement contribué à la tenue de l’ensemble.
Et c’est peut-être là le plus grand changement de cette édition : pour une rare fois, les Lauriers avaient réellement l’allure d’un grand gala.
Kamouraska en force
S’il y a un territoire qui s’impose cette année, c’est bien le Kamouraska. Avec quatre prix, la région agit comme un véritable fil conducteur du palmarès. Elle reçoit les honneurs dans les catégories Brasseur de l’année (Tête d’Allumette Microbrasserie), Cantine de l’année (La Cantina), le prix du tourisme gastronomique avec Mycomigrateur ainsi que l’événement gastronomique de l’année grâce au Festival des champignons forestiers du Kamouraska.
Plus qu’une accumulation de récompenses, c’est une vision qui se distingue. Une gastronomie ancrée dans son milieu, portée par des artisans, des producteurs et des restaurateurs qui travaillent en écosystème. Une approche qui semble trouver un écho de plus en plus fort auprès du jury.
Montréal double sa récolte 2025
La métropole s’est distinguée cette année du côté de la sommellerie grâce à Hugo Duchesne du Hoogan et Beaufort et Annette bar-à-vin, également au niveau du service avec Marie-Josée Beaudoin du Sabayon et pour le rayonnement culinaire, merci à Normand Laprise du Toqué!. Montréal récolte également le prix de la Révélation de l’année remis à William Sirois du restaurant Le Mousso.
Québec n’est toutefois pas en reste avec trois Lauriers importants : Samuel Tremblay (jjacques) au titre de Mixologue de l’année, Olivier Verdot et Rachel Parenteau (Chouquette) comme Pâtissiers de l’année, ainsi que Mycélium – incubateur pour l’Entreprise ou initiative de l’année.
Les plus grands honneurs en Mauricie
Mais ces deux grandes régions partagent la lumière avec la Mauricie, qui s’impose avec les deux plus hautes distinctions de la soirée : celle du Restaurant de l’année attribuée à la Microbrasserie Le Presbytère — oui, c’est aussi un restaurant — et celle du Chef de l’année remise à Samy Benabed, œuvrant à L’Auberge Saint-Mathieu.
Au-delà des grandes catégories, c’est surtout une tendance qui se confirme : celle d’une gastronomie québécoise qui ne se concentre plus uniquement dans les grands centres.

Une soirée ponctuée de prises de parole
La présence de plusieurs figures politiques, dont Chantal Rouleau, ministre responsable de la Solidarité sociale et de l’Action communautaire, de la Métropole et de la région de Montréal, Bruno Marchand, maire de Québec et Soraya Martinez Ferrada, mairesse de Montréal, a ponctué la soirée sans jamais en détourner le sens.
Certains discours ont effleuré des enjeux bien réels — financement, main-d’œuvre, préoccupations environnementales, notamment autour des projets éoliens — mais toujours avec mesure. L’ensemble est resté ancré dans la célébration.
Le moment le plus senti demeure celui de François-Emmanuel Nicol, président du jury, qui a notamment dénoncé l’insuffisance des programmes de soutien destinés aux restaurateurs et aux travailleurs issus de l’immigration. Accueilli avec une attention palpable, le chef a terminé son allocution ainsi :
« Un Québécois ne devrait pas se mesurer à la hauteur de son arbre généalogique, ça devrait plutôt se mesurer à la profondeur des racines qu’on développe dans une société. »
Une annonce qui change la donne
Profitant de son passage sur scène afin de présenter le prix du Brasseur de l’année, le maire de Québec Bruno Marchand a annoncé que les Lauriers alterneront désormais entre Montréal et Québec dès l’an prochain.
Une décision attendue, qui reconnaît l’importance de la Capitale-Nationale et qui vient répondre à une réalité bien connue des artisans du milieu, nombreux à faire la route depuis déjà huit ans. L’annonce a d’ailleurs suscité une réaction immédiate dans la salle, Québec était bien là, toujours fidèle au rendez-vous.
Entre reconnaissance et humour
Si le ton général était à la reconnaissance, la soirée a aussi su insuffler quelques moments de légèreté. Jean Morin, nommé Artisan de l’année, a déclenché les rires en s’adressant directement à Ricardo Larrivée :
« Ricardo… tes recettes saupoudrées de gruyère… savais-tu que tu peux mettre du Louis d’Or, de la Belle-Mère, du Zacharie Cloutier ?!? Calme-toi le gruyère ! »
Une intervention spontanée, immédiatement désamorcée par l’animateur, qui a tenu à préciser qu’il ne s’agissait pas de bullying, mais plutôt d’une suggestion… forte.
Laurier du public
Le public fut appelé à voter pour le Laurier du public. Parmi toutes les personnalités nommées : Ricardo Larrivée, Martin Picard, Stefano Faita, Bob Le Chef, John Mike, Jean-Luc Boulay, Soeur Angèle, Normand Laprise, Colombe St-Pierre et Geneviève O’Gleman. C’est Geneviève O’Gleman qui a remporté le prix.
Émue, elle a promis de continuer à mettre en valeur le Québec culinaire :
« Je vais continuer de travailler très fort pour aider le public à faire de meilleurs choix, les aider à choisir le Québec, à choisir nos aliments, nos artisans, nos restaurants; leur donner envie de parcourir le Québec, d’aller à votre rencontre, de vous adopter. »

Du gala à la fête
Une fois la cérémonie terminée, la soirée s’est déplacée vers le Cabaret Saint-Denis, où la gastronomie québécoise a repris toute sa place dans une ambiance beaucoup plus libre.
Le parcours gourmand proposait une série de créations marquantes :
- Pain vapeur au canard et sauce foie gras signé François-Emmanuel Nicol (Tanière³)
- Dumplings de crabe des neiges de Stéphane Modat (Le Clan)
- Palourde, sauce cocktail verte et émulsion au raifort par Melba
- Croque-monsieur à la truffe, œuf mimosa au crabe et brioche foie gras du Molière
- Bar à huîtres de Colabor et pains artisanaux du Pain dans les Voiles
- Table des desserts signée Éric Champagne (Callebaut)
Là, loin du protocole et des remises de prix, les Lauriers retrouvaient leur véritable raison d’être : réunir ceux qui nourrissent le Québec.

Une gastronomie québécoise en pleine maturité
Les Lauriers de la gastronomie québécoise 2026 ne cherchent pas à provoquer une révolution. Ils confirment plutôt une évolution. Moins éclatée, plus assumée, la scène culinaire québécoise affirme une identité de plus en plus ancrée dans ses territoires. Une cuisine qui se construit autant en région que dans les grands centres. Une édition maîtrisée, donc. Peut-être moins flamboyante que certaines précédentes, mais infiniment plus solide.
Et pour les Lauriers, c’est peut-être la meilleure nouvelle depuis leur création.
Voici tous les lauréats 2026 :
ARTISAN.E DE L’ANNÉE
Jean Morin, Fromagerie du Presbytère, Sainte-Élizabeth-de-Warwick
BRASSEUR.EUSE DE L’ANNÉE
Martin Desautels, Tête d’Allumette Microbrasserie, Saint-André-de-Kamouraska
CANTINE DE L’ANNÉE
La Cantina, Kamouraska
CHEF.FE DE L’ANNÉE
Samy Benabed, L’Auberge Saint-Mathieu, Saint-Mathieu-du-Parc
ENTREPRISE OU INITIATIVE DE L’ANNÉE
Mycélium – incubateur, Québec
ÉVÉNEMENT GASTRONOMIQUE DE L’ANNÉE
Festival des champignons forestiers du Kamouraska
MIXOLOGUE OU BARTENDER DE L’ANNÉE
Samuel Tremblay, jjacques, Québec
PÂTISSIÈR.IÈRE DE L’ANNÉE
Olivier Verdot et Rachel Parenteau, Chouquette, Québec
PRIX DU RAYONNEMENT DE LA CULTURE CULINAIRE
Normand Laprise, Toqué!, Montréal
PRIX DU MEILLEUR SERVICE
Marie-Josée Beaudoin, Sabayon, Montréal
PRIX DU TOURISME GASTRONOMIQUE
Mycomigrateur, aventure gastronomique mycologique, Côté Est , Kamouraska
PRODUCTEUR.TRICE DE L’ANNÉE
Alexandre Landry et Élisabeth Grenier, Ferme Rustique, Sainte-Croix-de-Lotbinière
RESTAURANT DE L’ANNÉE
Microbrasserie Le Presbytère, Saint-Stanislas-de-Champlain
RÉVÉLATION DE L’ANNÉE
William Sirois, Le Mousso, Montréal
SOMMELIER.E DE L’ANNÉE
Hugo Duchesne, Hoogan et Beaufort et Annette bar-à-vin
VIGNERON.NE, PRODUCTEUR.TRICE DE BOISSONS
Zaché Hall, Domaine de l’Espiègle, Dunham
LAURIER DU PUBLIC
Geneviève O’Gleman



























































