Après le choc de The Ecstatic, le chorégraphe états-unien basé à Bâle, Jeremy Nedd, frappe à nouveau un grand coup avec From rock to rock… aka how magnolia was taken for granite. Cette création, à la fois intime et doucement exubérante, transforme un litige de l’ère numérique en un manifeste chorégraphique d’une beauté foudroyante.
Le point de départ est ancré dans l’actualité de la culture pop : le pillage sans vergogne du Milly Rock — ce mouvement de bras initié par le rappeur new-yorkais 2 Milly — copié par les créateurs du célébrissime jeu vidéo Fortnite. Face à cette spoliation, Nedd pose les questions cruciales qui hantent notre époque : à qui appartient un mouvement ? Ces danses nées au sein des communautés noires peuvent-elles être récupérées par n’importe qui ? Et surtout, qui en tire profit ?
Pour y répondre, le spectacle nous plonge dans un décor minéral saisissant, dominé par un paysage rocheux enneigé. C’est dans cet espace suspendu, oscillant entre ambiance low-fi et lyrisme magique, que les interprètes décortiquent, retournent et amplifient la gestuelle virale. En extirpant le Milly Rock de la frénésie des écrans pour l’ancrer dans la matière, ils en révèlent la poésie cachée et la virtuose liberté.
Sous la direction visionnaire de Jeremy Nedd, qui signe le concept et la chorégraphie, une équipe de créateurs de haut vol a façonné cet univers où le politique rencontre le poétique.Sur scène, l’interprétation est portée par une distribution magnétique composée de Brandy Butler, Nasheeka Nedsreal, Zen Jefferson, Jeremy Guyton et Jeremy Nedd lui-même, dont la synergie incarne avec brio cette quête de liberté virtuose.
L’espace scénique, conçu par Laura Knüsel et Jeremy Nedd, s’anime sous les lumières de Sebastian Sommer, qui assure également la direction technique, créant ainsi ce paysage minéral à la fois brut et onirique. Enfin, la dimension sonore — véritable cœur battant de la pièce — est l’œuvre du trio Fabrizio Di Salvo, Rej Deproc et Xzavier Stone, dont la composition navigue avec une précision chirurgicale entre le lyrisme magique et les textures low-fi.
Plus qu’une simple critique de « l’algorythme » des plateformes, cette pièce se déploie comme une véritable ode aux danses sociales et à celles et ceux qui les ont imaginées. Une forme de résistance poétique indispensable, où le geste se fait granit pour célébrer l’inviolabilité de l’expression artistique noire.
Une œuvre magistrale!
31 mai, 1 et 2 juin Usine C 20.00
https://fta.ca/fr/programmation/from-rock-to-rock
Photo : Margaux Vendassi































































