Dans le silence suspendu de la salle, une voix s’élève, unique, transformée, presque spectrale. Marie Brassard ouvre une brèche temporelle. Pour ce huitième opus présenté au Festival TransAmériques (FTA), la créatrice-conteuse nous invite au seuil de l’existence, là où les frontières entre la jeunesse et la vieillesse s’estompent pour laisser place à la pure vibration de l’être.
Accompagnée sur scène par son complice de longue date, le musicien Alexander MacSween, Brassard se laisse traverser par les spectres de ceux qui ont peuplé sa vie. La scénographie devient un réceptacle où les textures sonores de MacSween, oscillant entre le souffle organique et la décharge électrique — sculptent l’espace.
Ici, le souvenir n’est pas une nostalgie, mais un élan de vie prodigieux. C’est une exploration des mystères de la fin, captant avec une intuition fulgurante ce que l’on ressent sans pouvoir le nommer.
Au cœur de cette « hallucinante » traversée, Brassard explore des zones d’ombre et de lumière d’une humanité bouleversante.
L’une des lignes de force du spectacle suit l’histoire d’une amie chère à la créatrice qui, face à l’inéluctable progression du cancer, décide de choisir l’euthanasie. Ce départ programmé devient le point de départ d’une réflexion sur la dignité et le courage face à la fin de l’existence.
Marie partage également des fragments de vie captés lors de ses errances en taxi. À travers le chauffeur, elle recueille des récits d’immigration — ceux des parents venus d’ailleurs, porteurs d’espoirs et de sacrifices. Ces confidences de la nuit deviennent des échos qui résonnent dans l’éther de la scène.
Marie Brassard : Une voix unique au cœur de la création
L’histoire de Marie Brassard est indissociable de l’évolution de la scène contemporaine montréalaise. Après une collaboration mythique avec Robert Lepage, elle fonde sa compagnie, Infrarouge, en 2001. Dès lors, elle s’impose comme une pionnière de l’utilisation de la technologie au théâtre, non pas comme un gadget, mais comme un prolongement de l’âme et du corps.
Son travail sur la manipulation de la voix et les ambiances cinématographiques a fait d’elle une figure incontournable, reconnue internationalement pour sa capacité à transformer le plateau en un espace de rêve lucide.
Le FTA : 40 ans de résistance et d’audace
Il est tout naturel que cette œuvre trouve sa place au sein du Festival TransAmériques. Fondé en 1985, le FTA est devenu le plus important festival de création contemporaine en Amérique du Nord.
Depuis quatre décennies, le festival est le témoin privilégié des métamorphoses des arts de la scène, favorisant les rencontres entre le théâtre et la danse, l’ici et l’ailleurs. En accueillant Marie Brassard pour la huitième fois, le FTA réaffirme sa mission : être le foyer des voix audacieuses qui, comme celle de Brassard, repoussent les confins du réel et célèbrent l’expérimentation scénique la plus pure.
L’Éther est un sommet dans la carrière de Marie Brassard. Entre passé et présent, elle réussit le tour de force de rendre l’invisible palpable. C’est un rendez-vous avec nos propres fantômes, une célébration de la vie qui persiste. Une œuvre d’une maturité bouleversante qui confirme que Marie Brassard reste la grande magicienne de nos scènes!
3-9 juin Édifice Wilder – Espace danse1
435, rue de Bleury Montréal (Québec) H3A 2H6 Canada
https://fta.ca
Photo : Marlène Gélineau Payette






























































