Le temps file, et avec lui, l’un des rendez-vous culturels les plus audacieux de l’année s’apprête à tirer sa révérence. Cette édition du Festival TransAmériques (FTA) nous a secoués, émus et transportés hors du temps. Hier soir, la salle de La Chapelle est devenue une arène incandescente d’urgence écologique.
Avec Mystic-Métallic, le trio composé d’Audrée Juteau, Catherine Lavoie-Marcus et Zoey Gauld a déchaîné une chorégraphie intense, un choc esthétique et viscéral qui saisit le public à la gorge.
Coproduit par le Festival TransAmériques, ce rituel chorégraphique et sonore d’une heure thématise rt exorcise le drame de l’extractivisme en Abitibi-Témiscamingue.
Une danse de combustion et de fureur
Dès les premières minutes, le spectateur est happé par une atmosphère lourde, presque toxique, magnifiée par la scénographie d’Amélie Laurence Fortin et les lumières stroboscopiques de Karine Gauthier.
Sur scène, les corps des trois performeuses deviennent les réceptacles de la souffrance d’un territoire balafré par la course aux métaux précieux.
La gestuelle est brute, convulsive, d’une physicalité sauvage. Les artistes incarnent des sortes de gargouilles post-industrielles envoyées pour décontaminer la terre.
Elles miment des moteurs qui creusent obstinément, s’essoufflent, s’étouffent. La frontière entre ce qui fracasse (la machine coloniale et industrielle) en vient à se dissoudre totalement dans ce qui est fracassé (la chair, la roche).
La puissance tellurique du chant métal
La véritable déflagration de la pièce réside dans sa dimension sonore. Guidées par un mentorat en chant métal (Emmanuel Audet et Maude Théberge), les créatrices libèrent des chants abyssaux et des grognements gutturaux d’une puissance phénoménale.
Ce choix du metal comme véhicule de la tragédie écologique est d’une très intelligent : la musique métal devient ici la voix même des profondeurs de la Terre, un grondement de colère qui s’élève des mines abandonnées.
« Comme le canari au fond de la mine, la pièce nous alerte avec une urgence absolue : si on crie, c’est qu’on meurt. »
Entre destruction et guérison
Pourtant, malgré le désespoir ambiant, Mystic-Métallic n’est pas une œuvre purement nihiliste. C’est une entreprise de sorcellerie théâtrale, une véritable conjuration.
Par la grâce de flûtes subverses et de rituels de contact haptique avec le monde minéral, les moteurs finissent par se taire et les trous béants de la terre semblent vouloir se refermer. Le trio balance constamment, avec une justesse infinie, entre la pulsion de tout détruire et l’urgence viscérale de guérir.
Une œuvre nécessaire
Audrée Juteau, Catherine Lavoie-Marcus et Zoey Gauld livrent une œuvre punk, politique et profondément mystique. Elles réussissent le pari complexe de transformer le deuil écologique en un acte de résistance artistique d’une beauté texturée et mémorable.
Une performance radicale qui résonne longtemps après que les lumières se sont éteintes. Du grand FTA!
Il ne vous reste plus que quelques jours pour plonger dans l’effervescence de ce festival sublime, applaudir des artistes visionnaires venus des quatre coins du globe et vivre ces chocs esthétiques qui n’arrivent qu’une fois par an!
https://fta.ca/fr/programmation/mystic-metallic
Photo : Guillaume Vallée






























































