C’est un Olympia plein à craquer et déjà conquis qui a accueilli hier soir la grande dame de l’humour français, Anne Roumanoff. Venue présenter son tout nouveau spectacle, judicieusement intitulé L’Expérience de vie, l’humoriste a prouvé qu’elle n’a rien perdu de sa verve. Ce soir, c’est le public du Théâtre Capitole de Québec qui aura la chance de vibrer au rythme de sa performance.
Une entrée en matière désarmante et attachante
Dès les premières secondes, Anne Roumanoff crée un lien de proximité unique avec la salle. On la découvre profondément attachante, maniant l’autodérision avec une efficacité redoutable. Elle ouvre le bal en abordant de front sa propre taille et, surtout, les malaises savoureux des gens qui tentent, de façon plus ou moins subtile, de lui faire remarquer son surpoids. En désarmant ainsi le public par son authenticité, elle installe une complicité immédiate.
Un sérieux éditorial sur la déshumanisation technologique
Derrière les éclats de rire, le spectacle se révèle être un véritable et sérieux éditorial sur ce que la nature humaine est devenue, particulièrement sous le joug d’une technologie qui nous échappe. Roumanoff pose un regard d’une perspicacité féroce sur notre quotidien robotisé : ces maudits scanners d’épicerie qui ne font pas leur boulot, ce personnel de moins en moins vaillant, ou encore le parcours du combattant au bureau de poste.
Qui ne s’est pas étouffé de rire (et de vérité) en la voyant mimer la frustration de devoir taper une longue adresse sur un écran tactile dont les touches ne répondent pas ?
La modernité en prend pour son grade, jusque dans nos assiettes. L’humoriste égratigne avec bonheur les tendances alimentaires actuelles, le sans-gluten, le sans-lactose, le sans-ceci-sans-cela, pour aboutir à la description de plats devenus carrément immangeables à force d’être épurés.
Regard lucide sur le fracas politique
L’état du monde, c’est aussi sa politique. Roumanoff ne recule devant rien et porte un regard d’une lucidité tranchante sur l’actualité internationale. Elle égrène les travers du gouvernement Macron en France, s’insurge contre les incongruités des guerres actuelles et tourne en dérision les promesses de Donald Trump. Le tour de force réside dans sa capacité à traduire ces sujets lourds et anxiogènes dans un humour assez exceptionnel, qui désamorce la tension sans enlever la pertinence du propos.
On note toutefois une légère nuance culturelle lors de son passage sur les questions de société : ses segments sur le racisme ou l’usage de certains mots comme « les blacks » résonnent différemment ici. Au Québec, notre rapport à la diversité semble teinté d’une plus grande tolérance, ou du moins d’une fluidité différente, faisant en sorte que ces termes ne portent pas la même charge d’inquiétude ou de tension qu’en France.
Une machine à paroles indomptable
Sur scène, Roumanoff est une véritable machine à paroles qui ne s’arrête que le temps de quelques fermetures de lumières durant le spectacle. Ces courts instants de noirceur deviennent alors vitaux : le temps pour elle de reprendre son souffle… et pour nous aussi, tant le rythme est effréné.
Mieux vaut en rire qu’en pleurer
Déchéance sociale, passage abrupt à un autre siècle… Ce témoignage lucide sur notre époque bousculée réussit à nous convaincre d’une chose essentielle : face à ce monde qui se découd, il vaut définitivement mieux en rire qu’en pleurer. Car, comme l’a si bien conclu l’humoriste en fin de parcours, la vie reste belle, malgré tout ce fracas.
Avis aux spectateurs de la Vieille Capitale : si vous êtes au Théâtre Capitole de Québec ce soir, préparez-vous à un grand moment de lucidité joyeuse.
































































