En irlandais, un mám est un col de montagne. Le franchir, c’est accepter de basculer dans l’inconnu tout en s’ouvrant au merveilleux. Michael Keegan-Dolan invite ainsi son public à une sorte de festival rituel, une fenêtre ouverte sur une communauté rurale irlandaise qu’il se garde bien de dépeindre d’un seul trait.
C’est à cette expérience sensorielle et intemporelle que nous convie la compagnie Teaċ Daṁsa avec MÁM, qui réunit danse contemporaine, musique traditionnelle irlandaise et performance en direct.
Présentée au Théâtre Maisonneuve du 30 septembre au 4 octobre 2026, l’œuvre tisse un pont saisissant entre la force tellurique de la danse traditionnelle et la liberté du mouvement contemporain. Portée par douze interprètes habités, par la pulsation de l’ensemble berlinois s t a r g a z e et par le concertina de Cormac Begley, la représentation se mue rapidement en une véritable cérémonie collective.

MÁM de Teaċ Daṁsa : une traversée musicale et chorégraphique au sommet
Sur le plateau, le spectacle déploie une urgence vitale, guidée par le regard candide et perçant d’une jeune fille (Delilah Neilson). Cormac Begley siège au centre de la scène, coiffé d’un grand masque à tête de bélier, et joue de son concertina. Derrière lui, le rideau se lève sur une rangée de personnes assises, vêtues de noir et coiffées de cagoules en papier noir, qui frappent du pied en rythme et se battent les cuisses. L’image est puissante, viscérale, et délicieusement déconcertante.
La chorégraphie opère un mariage inattendu, mais d’une rigueur absolue : les rythmes acérés et les frappements de pieds de la danse irlandaise se dissolvent peu à peu dans des élans contemporains plus amples, plus terriens. Loin du folklore figé, les corps s’engagent dans une transe collective où la vulnérabilité côtoie la puissance brute.

La pièce est traversée de moments marquants. Ainsi cette séquence où James (Jimmy) Southward flotte sur scène et embrasse fermement sur les lèvres chaque danseuse et chaque musicien, comme s’il cherchait par ce geste à leur insuffler l’amour.
Qu’il évite soigneusement tout contact avec Keir Patrick n’en est que plus divertissant. Dans un autre registre, deux danseurs partis des extrémités opposées tentent de se rejoindre, le temps d’un intermède romantique, en traversant une rangée d’interprètes assis. À force de leur fouler les cuisses, ils transforment la tentative en un exercice de pure endurance, ponctué de cris perçants.
Cette communion physique trouve un écho saisissant dans l’espace sonore, véritable co-protagoniste de la soirée. Les arrangements audacieux de s t a r g a z e se fondent aux notes lancinantes, presque hypnotiques, du concertina et enveloppent la salle. La musique ne se contente pas d’accompagner le mouvement : elle le propulse, le bouscule et le porte vers des sommets d’émotion.
En transformant la scène en un espace de rituel, MÁM réussit le pari rare d’abolir la distance entre le plateau et la salle. On en ressort habité par cette ferveur, comme après avoir franchi un col balayé par les vents, le regard durablement changé par la beauté de l’ascension.
À voir!
MÁM, de Teaċ Daṁsa
Du 30 septembre au 4 octobre 2026, 20 h
Théâtre Maisonneuve
https://www.dansedanse.ca
Photos : Ross Kavanagh
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![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)






























































