La figure bouleversante de la chanson québécoise, Pauline Julien, se trouve réincarnée à la plus haute perfection par l’exceptionnelle actrice Suzanne Clément dans un film aux images somptueuses réunies et filmées par Anaïs Barbeau-Lavalette. Les salles se remplissent là où ce film a pris l’affiche.

Parcours biographique
On suit avec fascination les grandes étapes de sa vie d’enfant talentueuse que la musique enchante, celles encore plus admirables de la femme politiquement engagée auprès du poète et député Gérald Godin (Patrice Dubois), sans oublier sa touchante amitié profonde avec l’étoile française Anne Sylvestre (Violette Chauveau).
Grands moments déchirants
Deux scènes (à part celles de l’annonce de son diagnostic d’aphasie incurable qu’elle refuse d’accepter) se distinguent comme des moments du déploiement de sa force de caractère : tout d’abord, la sauvagerie de la perquisition à son domicile lors de la Loi sur les mesures de guerre proclamée sous Pierre Elliott Trudeau, connue sous les événements d’octobre 1970.
Elle est emprisonnée tout comme Godin et près de 500 personnes. L’autre événement est la défaite référendaire du 20 mai 1980 où elle ose, le soir même, interpréter La Danse à Saint-Dilon de Gilles Vigneault pour un public en larmes au Centre Paul-Sauvé qui n’existe plus coin Beaubien et Pie-IX.
Sa relation avec sa fille aînée est aussi l’objet d’évocations douloureuses puisqu’une artiste en fréquente tournée doit forcément délaisser ses enfants lors de celles-ci.
Amitiés et réminiscences
Le film ne fait pas état de toutes ses amitiés mais on en reconnaîtra plusieurs si on fut proche de sa vie.
J’ai eu la chance de la rencontrer, à quelques pas du carré Saint-Louis au domicile de l’auteure du phénoménal succès des planches Les fées ont soif, soit chez Denise Boucher rue Laval.
À l’automne 1984, je travaillais à la Bibliothèque nationale, avec la permission de la dramaturge bien entendu, sur la quinzaine de versions de genèse textuelle de cette pièce présentée au TNM où la sainte, la mère et la putain firent tout un tabac.
Pauline Julien reçut mes marques d’admiration pour son interprétation de la chanson de Claude Léveillée Le Rendez-vous que j’écoutais souvent sur un disque d’elle que je chérissais. Elle était scintillante de charmes purement féminins.

Perceptive, sensuelle
Pour en finir avec ce beau souvenir qui me revint durant la projection du film dont je fais l’éloge en ce moment même, Pauline Julien me perçut l’instant d’un clin d’œil et, en quelques mots admiratifs en plongeant ses yeux dans les miens, elle résuma qu’en tant que femme elle voyait bien que j’étais hélas aux prises à jamais avec l’amour ne sachant pas dire son nom.
Pour un jeune homme alors fort discret de 24 ans, ce fut assez foudroyant d’entendre sa perception immédiate. Je n’étais tout de même pas pour esquiver le constat de son intuition clairvoyante autrement que par un sourire dubitatif et ces mots inopérants : — Ah, parce que c’est ce que vous percevez? Elle eut alors un moment d’hésitation mais elle se tourna vers Denise Boucher et elles échangèrent un de ces sourires de connivence et d’éloquence que seules les femmes savent lire entre elles.
Elle disposait des mots et de cette voix vibrante qui ajoutait à sa charmante personnalité diserte et engagée.
Le film lui rend un hommage mérité. J’ai trouvé toutes les images du film aussi belles que celles dans tout film signé James Ivory, si je dois trouver une comparaison qui rende haute justice au travail d’Anaïs Barbeau-Lavalette.
- Titre : Pauline Julien : femme pays
- Réalisation : Anaïs Barbeau-Lavalette
- Scénario : Anaïs Barbeau-Lavalette et Véronique Côté
- Distribution des rôles :
- Suzanne Clément : Pauline Julien
- Patrice Dubois : Gérald Godin
- Violette Chauveau : Anne Sylvestre
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