Je l’avoue d’emblée : on ne sort pas indemne de Dans la tête des tueurs en série (Mind of a Serial Killer: The Experience), la nouvelle exposition immersive installée au 312, rue Sainte-Catherine Ouest, au cœur du Quartier des spectacles. Moi, j’en suis ressortie avec la nausée.
La boutique
Le temps que la conférence de presse débute, une visite de la boutique adjacente s’imposait. On y trouve des livres, des collants, des chaussettes, des serviettes, des tasses, des sacs, des t-shirts et des sweat-shirts, tous ornés de graffitis ou de slogans uniquement en anglais. Et même des toutous. Des toutous, à l’entrée d’une exposition sur des meurtriers. Le ton était donné, et il m’a laissée perplexe.
La suite n’a rien d’une promenade
Le parcours
Produite par Exhibition Hub et Fever, l’exposition a d’abord été présentée à Dublin. Elle est ensuite passée par New York, Seattle, Paris et Bruxelles avant d’atterrir chez nous, avec l’animatrice Annie-Soleil Proteau comme ambassadrice. Après de brèves allocutions devant les journalistes, des salles d’introduction nous préparent en amont : un bureau d’enquête reconstitué, l’histoire du profilage criminel, la chronologie des enquêtes. Heureusement, car la suite n’a rien d’une promenade.

Puis viennent les escales scabreuses consacrées à une quinzaine de meurtriers. Chacun a droit à son espace, avec une photo et un cahier informatif. On y lit des détails sur sa famille, sa santé psychologique, son mode opératoire, le nombre de ses victimes et tutti quanti. On y expose aussi les outils utilisés et les lieux des crimes.
Certains noms vous seront familiers : Ted Bundy, Dennis Rader, David Parker Ray, John Wayne Gacy et Jeffrey Dahmer, qui allait jusqu’à manger ses victimes. On remonte même à la fin du XIXe siècle avec Herman Webster Mudgett, mieux connu sous le nom de H. H. Holmes, et avec Albert Fish. Une seule femme figure au tableau : Aileen Carol Wuornos. Il est aussi question d’Ed Gein, le tueur qui a inspiré le célèbre film d’horreur Psycho.

Le macabre
Des avertissements jalonnent le parcours, et pour cause. Certaines scènes sont reconstituées dans ce qu’elles ont de plus lugubre : un bain de sang, une salle de torture avec ses outils, des morceaux de corps, des bras et des torses découpés comme dans une boucherie. En fin de visite, une expérience de réalité virtuelle permet de se glisser dans la peau d’un enquêteur.
Macabre, lugubre, sordide, glauque, pervers, satanique, démoniaque, psychopathe, fou, peur, effroi : les mots se bousculent à la sortie. Et une question m’a suivie jusque sur le trottoir : pourquoi une telle exposition existe-t-elle?
La place faite aux victimes demeure bien mince
Les victimes
Les organisateurs défendent une approche pédagogique. Selon eux, le parcours met l’accent sur le travail des enquêteurs plutôt que sur la glorification des criminels. Je veux bien. Mais malgré ces bonnes intentions, la place faite aux victimes demeure bien mince. Je ne suis pas la seule à le penser. Lors des escales précédentes, une journaliste du Guardian a jugé le parcours sensationnaliste et estimé que l’hommage aux victimes restait de façade.
Autre constat : aucun volet canadien. À Bruxelles, pourtant, une section portait sur des affaires belges. Oubli ou délicatesse? Je vous laisse juge.

Les autres tueurs
Cette visite m’a aussi fait réfléchir à des meurtriers plus abjects encore : ceux qui déclenchent et entretiennent les guerres de ce monde, là où les massacres se perpétuent. On voit chaque jour ces chefs sanguinaires discuter, bien à l’abri dans le confort de leurs bunkers, sur le dos des hommes, des femmes et des enfants victimes d’exactions. Eux n’ont pas encore leur salle d’exposition.
Verdict
Dans la tête des tueurs en série n’est pas pour tout le monde. Âmes sensibles, abstenez-vous. Personnellement, j’en ai eu la nausée.
Infos pratiques
312, rue Sainte-Catherine Ouest (coin Bleury), Montréal
16 ans et plus; les moins de 18 ans doivent être accompagnés d’un adulte
Exposition bilingue, billets à partir de 29,90 $ sur Fever
90 minutes
Dans la Tête des Tueurs en Série: L’Expo Immersive à Montréal | Billets

![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)


























































