NAZA de Yuval Abraham et Rachel Szor en salle à Montréal
Les gagnants d’un Oscar, l’an dernier, pour leur film No Other Land (que nous avons recensé dans nos pages) ont remporté récemment, à la Mostra de Venise, le Prix spécial du Jury, et ils furent applaudis durant vingt-cinq minutes (25) là-bas, en spectaculaire ovation debout.
Ces cinéastes documentaristes du nom de Yuval Abraham et Rachel Szor, deux fois victorieux en deux films instructifs et distincts, se voient hélas, depuis peu, menacés par le Boucher de Tel-Aviv (Benjamin Netanyahu) de voir leur nationalité israélienne confisquée.
C’est peut-être une bénédiction, voire une façon de les exclure, eux deux, de l’accord quasi unanime des auteurs de ce massacre de 73 000 victimes répertoriées et identifiées. Les deux futurs cinéastes apatrides seront donc exclus d’assentiment à ce génocide tel qu’il est bel et bien qualifié par les instances compétentes de l’ONU.
Peu de soldats repentis
Le repentir est une chose étrangère même à plusieurs de ces 24 soldats qui témoignent à l’écran de leur usage efficace de l’IA dénommée l’intelligence artificielle (ou artificieuse?).
Chacun offre des détails concis de ce que signifie NAZA ou Nezek Agavi ou « dommages collatéraux » dont on autorisait immédiatement jusqu’à 15 à 20 morts collatérales (feu vert) si on pouvait justifier un (1) seul membre éliminé (actuel ou passé) du Hamas, du moins dans l’appartement ou la résidence bombardée.
500 morts d’un coup
La réalité reste qu’on autorisait en feu jaune cependant jusqu’à un facteur NAZA50 ou jusqu’à 300 et même 500 meurtres d’une frappe d’envergure sans compter le tir à bout portant sur des enfants ou adultes courant sur un pont, une boîte de nourriture à la main si l’affamé(e) déviait de quelques pieds d’une stricte ligne de retour tracée sur ce pont.
Les cadavres des Palestiniens s’empilaient l’un par-dessus l’autre, au bout du pont, en pente abrupte, comme dans une chute dans le vide, sous l’impact des projectiles. Guerre ciblée, informatisée et de drones!

Depuis des appartements privés
Les soldats et agents de l’armée israélienne, depuis le confort de la salle de séjour ou à dîner de leur appartement doté de la merveille de l’internet, comme à un enlevant jeu vidéo, prenaient les mesures par IA du facteur NAZA et de qui occupait telle maison: via des téléphones portables piratés, infiltrés, écoutés, ils entendaient toutes les voix et ils appuyaient sur le bouton du processus de détonation ou par drone ou par missile ou par bombe larguée.
Plaisir fou à massacrer
Une femme soldate raconte qu’elle larguait au plus vite une seconde bombe quand elle voyait un enfant à un endroit seulement blessé. Un autre soldat raconte que ses collègues adoraient regarder les chiens dévorer et dépecer les cadavres épars et jamais ramassés des victimes.
Un autre impénitent pavoise que de vastes charniers ont existé où les cadavres furent indistinctement empilés sans le moindre soubresaut du cœur: que personne n’avait à le faire car éliminer l’ennemi restait l’objectif sacré.
Haute adrénaline
Mais un des témoins confessant à voix chevrotante, en particulier, expliqua combien l’adrénaline lui ôtait tout sentiment humain: aucune hésitation ou remords, dit-il, dans le feu enlevant des tirs visualisés et ce travail tout à fait plaisant de l’action de tuer et de faire monter en flèche le nombre effectif des éliminés à ces repérages informatiques.
La joie culminante du nombre de victimes bel et bien atteintes, confie-t-il, cela accélérait encore la fièvre de réussir à ce jeu de moisson (ou de pêche miraculeuse en bord de mer) en ce processus de guerre victorieuse.
Une seule minute suffit
À la toute fin du film, une très longue minute montrant un père palestinien effondré, la tête dans les décombres généralisés des immeubles, on le voit parmi plusieurs amas de gravats d’une ville rasée, cherchant un à un les enfants de sa famille.
Ce sera le seul film d’archive et tout ce qui sera vu comme charnier en victimes des assassins: ce père est vu de dos, en larmes, alors qu’ensuite un seul tableau surgit d’horreur au final avec une vingtaine de cadavres pieds nus entassés ou empilés sous les décombres.
Ils montrent un fragment du drame si bien annoncé, décrié, dénoncé tout de même par lesdits soldats « traîtres » d’avoir parlé, déguisés de profil et de voix, durant tout le documentaire qui s’affiche là, sous nos yeux révoltés.
Francesca Albanese
La courageuse et héroïque rapporteure spéciale des Nations unies, madame Francesca Albanese (il nous faut toujours une stoïque femme pour jouer ce rôle et encaisser la hargne des vainqueurs!) a eu le culot d’annoncer au monde entier, au printemps dernier, qu’il y avait plutôt plus de 600 000 morts de cette razzia à Gaza.
S’il importe bien peu désormais de compter encore, au-delà de 73 000 ou de dénombrer le score triomphal de la démence en action, il faudra s’y attendre, hélas.
Auschwitz et Sachsenhausen
Pour beaucoup de gens éprouvés à la vue de ce documentaire, ces confirmations de l’Inhumanité nous rappellent nos désolantes expériences personnelles: ce matin, au sortir de la salle, un flash de mon voyage en Pologne, à Auschwitz, à l’été 2010 m’est revenu avec l’horreur du constat indéniable alors que les villages voisins n’avaient possiblement jamais pu ignorer ce massacre quotidien à une telle proximité de leur résidence, ni l’odeur des fumées d’incinérations de cadavres.
Puis m’est revenue aussi ma patiente recherche, depuis les vestiges du mur de Berlin, à l’Est, d’une route à pied vers Oranienbourg jusqu’à Sachsenhausen, en 1995, dont personne ne voulait me confirmer, en route, que les vestiges de ce lieu de massacre existaient encore…
Presque tous ceux que je consultais feignaient de l’ignorer comme existant ou comme un fait historique incontestable! Pauvres Allemands!
Sous nos yeux
Cette fois-ci, c’est devant nous et bien loin d’être inénarrable. Il faut aller écouter ce récit qui sera, je l’espère, sous-titré en français.
Au Cinéma du Musée il n’était sous-titré qu’en anglais, en défilé très rapide à lire, quoique ma seconde langue je la parle et l’entends à égale compréhension et profondeur que ma langue maternelle…
NAZA
Film documentaire de Yuval Abraham et Rachel Szor
En absolue primeur, au Cinéma du Musée jusqu’au lundi 5 octobre inclus
À partir du 9 octobre en salles, à Montréal.
![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)






























































