La Salle Bourgie aura encore vibré d’une salle comble à l’occasion d’un événement majeur où notre plus grand poète, âgé de 98 ans, s’est présenté droit comme un chêne et fut ovationné d’emblée. Fruit d’un labeur de plusieurs années de création, de répétitions de la part de trois musiciens classiques chevronnés (un compositeur adroit, un baryton talentueux et un pianiste raffiné) qui lui avaient préparé un récital inoubliable, nous avons constaté le résultat en cette première mondiale qui s’insère définitivement au répertoire des grandes œuvres classiques de chez nous.
Seize poèmes en musique
C’est l’habile compositeur Simon Leclerc qui a mis en musique les seize poèmes reliés sous le titre Sentiers intérieurs, en création mondiale sous les doigts agiles et expressifs du pianiste Olivier Godin, pendant que les paroles chantées, avec décorum, par le baryton Hugo Laporte nous rappelaient l’art lyrique d’autrefois façon Jean-Paul Jeannotte (1926-2021).

Quelques trésors particuliers
Évidemment, suite à une toute première audition et en écoutant pour la première fois et les textes et l’invention musicale, on s’émeut spontanément pour quelques réussites probantes tel Dans les clartés du Ciel, Les trois-mâts, Neiges, Je vieillis, Funambule et Après. Parmi toutes ces compositions musicales fort bien adaptées aux textes poétiques, certaines me rappelaient fréquemment la verve et l’énonciation humoristiques de Francis Poulenc et aussi d’Erik Satie mais surtout deux lieder en particulier valent, à mon avis, le qualificatif de petit chef-d’œuvre.
Je vieillis, tel Fauré
On aura sans doute en mémoire la sublime inspiration que Gabriel Fauré eut en écrivant Après un rêve. Le mariage parfait des paroles et de la musique en quelque sorte. J’ai trouvé que le dixième poème Je vieillis avait cette même maîtrise d’expressivité et de délicatesse à épouser parfaitement le texte de Vigneault : le sublime pathos du stoïcien.
Un Funambule énergique
La douzième pièce du recueil intitulée Funambule est sans doute la plus rapprochée du style de Poulenc tel qu’on l’entendait dans son Aubade, ou mieux comparé encore avec les fameuses Quatre chansons pour enfants dont une fut joliment intitulée Nous voulons une petite sœur… Même énergie d’enjouement, même entrain quasi chorégraphié de sourires gesticulés dans Funambule avec Simon Leclerc qui y conjugua la juste proximité d’alacrité avec les rieuses paroles, sans oublier l’apport essentiel de cette exécution impeccable et éloquente tant d’Olivier Godin au piano que du solide baryton qu’est Hugo Laporte.
Programme obligatoire au CMIM?
Il y a toujours une œuvre canadienne à laquelle puiser au Concours musical international de Montréal (CMIM) : voici que 16 demi-finalistes pourraient, au prochain concours vocal, dans deux ans et demi environ, par tirage au sort, choisir un de ces seize poèmes à apprendre par cœur et interpréter. Ce serait un stade en soi.
Alors qu’on pourrait les aligner ensuite tous les seize concurrents de la première à la seizième pièce pour accréditer ou non leur passage en étape suivante du Concours. Ou sinon pour unir les solistes des belles voix graves à l’aigu dans une prestation inoubliable avec orchestre, un soir, si on orchestrait patiemment le cycle. L’OSM là-dedans, à la Maison symphonique, ferait un malheur.
Cet hommage du 3 octobre 2026 restera tout de même un fort témoignage de l’amour que lui portent les citoyens de sa génération, car il est vrai qu’il y avait bien moins de jeunes dans la foule de cette salle comble de plusieurs centaines de places, à l’acoustique phénoménale, que lors de la Saint-Jean-Baptiste cet été.
INTERPRÈTES
Hugo Laporte, baryton
Olivier Godin, piano
PROGRAMME
Sentiers intérieurs, un cycle de lieder de Vigneault-Leclerc
Simon Leclerc, compositeur, et Gilles Vigneault, poète
Lire les articles de Éric Sabourin ici.
![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)






























































