Se peut-il que la patience des hôtes bons vivants québécois un tantinet bonasses ait atteint ses patentes limites au pays de Maria Chapdelaine? L’humour désopilant mais grinçant parfois pétri de pure dérision et de rire jaune, face aux monologues de Guy Nantel, en témoigne abondamment en son adroit spectacle intitulé Bienveillant.
Le bien de votre revenu
Une grande part de la thématique choisie par Nantel tourne au départ autour des abus de biens sociaux et des fraudes administratives par les fonctionnaires ou politiciens de notre État dédoublé au fédéral et au provincial des mêmes révoltants imposteurs usant des odieux stratagèmes informatiques de duperie publique pour s’en mettre plein les poches.
Un soir de première médiatique c’est tout de même osé que d’aborder ces ruinants abus quand on connaît le regard tourné ailleurs de la gent journalistique invitée à se taire sinon à perdre ses invitations de privilégiés aux premières loges de la fête pillarde.
Les fraudes informatiques, les budgets ministériels grevés de subterfuges d’études publiques coûteuses refaites pour rien d’autre que plus de dépenses, le public qui paye ou repaye, enfin qui avale le malaise des chiffres où on multiplie par 750 fois le coût et non la valeur d’une soumission officiellement acceptée… ouf! Encaissons la honte!
Il faut avoir lu ou suivi un peu l’actualité déprimante pour saisir la portée des propos incendiaires d’une juste critique (peut-être comique) si on accepte d’en rire.
Le mal et le cocu
Les débordements sexuels d’une société ultra permissive sont un autre thème qui surgit avec un torturant accent de scabreux.
Hélas! à l’époque de la scandaleuse horde Epstein et des comportements du criminel président américain enfin ridiculisé à l’échelle planétaire, Nantel décape avec des mots acerbes cette criminalité pornographique.
Il montre, décrit, souligne ces comportements dits érotiques mais répandus sur lesquels on ferme (par lâcheté ou veulerie) les yeux. Là encore le rire est plus que jaune voire enclin à la jaunisse d’une amère rigolade.
Les infidélités amoureuses des couples tant des hommes que des femmes d’aujourd’hui, féministes ou pas, sont portraiturées avec l’art de l’équivoque et de l’histoire drôle que maîtrise à la perfection ce grand humoriste engagé socialement et politiquement.
Volonté de vivre pour être aimé
Nantel ne censure pas le principe de plaisir du spectateur surfait de son moi rempli d’un réservoir d’angoisses et d’un fragile filet de conscience : mais il le met aussi au pilori du conte d’Andersen où l’Empereur se croit bien vêtu.
Le citoyen d’aujourd’hui faisant tout pour survivre et être aimé dans un monde chamboulé de peuplades en choc d’exil (ayant perdu leur pays détruit par un vorace Occident impitoyable surtout trop puissant) Nantel le recentre vers l’essentielle bienveillance et nous questionne.
Le principe de réalité surgit face à l’état du monde actuel et, avec nos phobies inconscientes, on se rend compte de la mission désormais impossible d’avoir un moi de Québécois idéal, puisque nous sommes aux prises avec le conflit des valeurs laïques versus les obsessions religieuses éjectées hors du privé sur la place publique au coeur du malaise actuel au Québec.
Il y a des moments du spectacle où le degré de gravité du grotesque ou du ridicule de nos trop tolérants comportements parodiés avec ironie et satire fort franches d’ailleurs (de ce que nous sommes devenus en dehors de tout cynisme), il y a des moments où le rire disparaît tout à fait dans l’humour noir du lourd silence ou du non-sens.
Blagues, farces, jeux de mots
Les calembours et les bonnes blagues abondent durant ce spectacle et le parler familier montre des moments savoureux à la Favreau (en son personnage autrefois si indolent appelé Sol).
Finale à la Deschamps
Des pans entiers du discours humoristique de ce spectacle (presque barométrique de l’État des Lieux publics au Québec) ratissent large mais certains groupes ou faits traumatisants sont totalement épargnés: notamment les grands absents de la dérision à l’affiche soit les apôtres de la Gayrilla en ses travestissements mais aussi et surtout toute mention de la lourde peine publique désastreuse pour chacun de nous, soit la tragédie de Gaza qui nous accablera à jamais, tous, d’une impuissance de peur panique face aux tortionnaires omnipuissants que le temps a enfin démasqués.
Lorsque survient la musique finale du spectacle et la récapitulation des thématiques suprêmes étalées par cet artiste engagé, c’est le souvenir d’Yvon Deschamps qui s’impose: la tolérance et la convivialité exigent de part et d’autre de la bienveillance et l’obligation minimales de s’adapter au pays d’accueil pour bien vivre de respect en bienveillance.
Quelque chose, au final, comme le minimum fondamental de la convivialité et de la reconnaissance de notre pays ouvert et, somme toute, plus que généreux.
Finesse et adresse
Cet ensemble de numéros d’interpellations du public semblera d’emblée bienveillant à la génération entière de retraités et des migrés hors-Montréal sans doute au sens où il faille désormais surtout veiller au bien (versus le mal!). Mais les clones des hordes de Thelyson Orélien ou autres faussaires de l’heure joueront la carte des brimés et offensés, à n’en pas douter que ce spectacle fera la manchette.
La salle Maisonneuve de la Place des Arts, le soir de la Première, m’a rappelé le public bon enfant d’Yvon Deschamps d’autant plus que les techniques rhétoriques de cet humour, enfin de retour, s’y manifestent avec plus souvent une osée finesse que toute forme de brutalité.

![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)



























































