Samedi dernier, à la Maison symphonique, l’Orchestre Métropolitain a offert un concert exigeant et généreux sous la direction de la cheffe Barbara Dragan. Intitulé Roméo, Juliette et les éclats d’un siècle, le programme invitait le public à une réflexion musicale sur les tensions, les drames et la quête de liberté d’un XXe siècle tourmenté. La salle était pleine, tous âges confondus, et l’impatience se sentait avant même la première note.

La soirée s’est ouverte sur la Symphonie n° 2 de Grażyna Bacewicz. Composée dans l’immédiat après-guerre par la violoniste et compositrice polonaise, l’œuvre frappe par la rigueur de sa construction. Entre une tension dramatique acérée et de grandes respirations lyriques, l’Orchestre Métropolitain en a fait entendre toute la modernité, percutante et visionnaire. Une magnifique entrée en matière.
Est venu ensuite le Concerto pour piano n° 1, op. 35 de Dmitri Chostakovitch. Dès les premières mesures, la complicité entre l’orchestre et la pianiste Gabriela Montero était évidente. Reconnue sur la scène internationale pour son autorité au clavier et son art de l’improvisation, l’artiste vénézuélienne a habité la partition avec une ferveur saisissante, alliant la précision technique à la liberté expressive que l’œuvre réclame.
Écrit à une époque où le compositeur jouissait encore d’une relative autonomie créatrice, avant le durcissement de la censure stalinienne, ce concerto bouscule les conventions par son ironie mordante, son esprit frondeur et le dialogue étincelant qu’il instaure entre le piano, la trompette solo d’Antoine Mailloux et les cordes. Les dernières notes à peine évanouies, le public s’est levé pour une longue ovation, à laquelle Gabriela Montero a répondu par un bis tout spécial : une improvisation inspirée de Gens du pays !
En seconde partie, place au drame shakespearien avec des extraits du ballet Roméo et Juliette de Serge Prokofiev. Liée au retour complexe du compositeur en Union soviétique, la partition traduit à la fois la tragédie des amants de Vérone et le climat d’oppression de son époque. Les extraits retenus ont révélé la somptuosité mélodique de Prokofiev, passant avec justesse de la retenue des scènes amoureuses à la violence implacable des rythmes martelés de la Danse des chevaliers.
Portée par la battue précise et maîtrisée de Barbara Dragan, l’Orchestre Métropolitain a ciselé chaque texture orchestrale. Le temps d’une soirée, la grande tradition symphonique a dialogué avec les fractures de la modernité.
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Photos : François Goupil.
![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)






























































