Encore une fois les somptueux solistes de chacun des pupitres de l’OSM ont offert aux mélomanes de notre métropole musicale une soirée d’émotions inoubliables avec un Oiseau de feu de Stravinsky plaçant l’ensemble au sommet absolu de l’interprétation orchestrale.
Samy Moussa : Elysium
Une douzaine de minutes d’effets orchestraux intéressants et saisissants formaient sous le titre Elysium l’entrée en matière du concert.
Dès l’amorce, les cordes y vibrent de vrombissements respiratoires en crescendos intermittents. L’auditeur suit ce supposé chemin des âmes vers le paradis élyséen avec des sensations plus qu’apparentées à ce qui caractérisait Bruckner mais aussi Wagner.
On ne saurait atteindre le point culminant de cette peinture musicale autrement que par aveu du mot « grandiose » offert aux notes de programme auquel j’ajouterais même le mot grandiloquence, mais l’œuvre agréable respire la fraîche jeunesse encourageante ou optimiste du distingué compositeur talentueux venu sur scène recevoir les vivats de la foule.
L’œuvre nous a réconfortés sur les perspectives actuelles de la musique de création contemporaine que l’OSM choisit fort bien pour ses programmes à la Maison symphonique, cette fois-ci une œuvre qu’ils exporteront immédiatement en tournée nord-américaine.

Tchaïkovski avec Kavakos
Évidemment, quand on joue sur un Stradivarius « Willemotte » daté de 1734, la sonorité est d’emblée avantageuse du côté de tout grand interprète qui aura pris soin, par respect autant de sa vocation que du public, de maintenir son talent au fil des ans, car il faut bien comprendre que le fardeau quotidien de tout musicien virtuose de talent ou enfant prodige est de continuer à pratiquer.
Le grand public sémillant de Montréal n’a pas trop d’insistances pointues de parfaite exactitude sonore impeccable surtout que le si mélodieux et entraînant Concerto pour violon et orchestre de Tchaïkovski est un joyau de hauts déploiements de dextérité, certes, transporté en ce chant généreux et mémorisé par tous avec joie.
Si Leonidas Kavakos n’a pas atteint le niveau d’exactitude sonore suprême auquel nous habitue le Canadien James Ehnes, par exemple, il nous a gentiment offert un mouvement de Bach en rappel.
L’exactitude parfaite s’entend tous les trois ans au Concours musical international de Montréal (CMIM) de notre ville sophistiquée sous les doigts des juvéniles candidats à la carrière de virtuose choisissant ces chevaux de bataille que sont ces concertos, merveilleux fleurons appelés succinctement Morceaux de Concours.

L’Oiseau de feu idéal
Jamais de ma vie pétrie de curiosité et d’un enthousiasme encore adolescent aux abords de soixante-dix années accomplies à rêvasser musique, jamais je n’ai entendu un si bel Oiseau de feu signé Stravinsky et c’est sous la direction de Rafael Payare que je l’aurai extatiquement écouté.
Il nous vient à l’esprit, à maintes reprises, durant ces 45 minutes d’extase absolue, face au niveau de raffinement dialogique proposé, réalisé par chacun des brillants solistes des pupitres de l’OSM que dans ce répertoire russe (et aussi français) que nous jouissons, peut-être, sans le savoir absolument, du plus phénoménal orchestre symphonique sur Terre, en ce moment… mais il faudrait les avoir tous écoutés, entendus et comparés pour s’en proclamer.
Tournée automnale
Les musiciens partent ces jours-ci pour leur tournée nord-américaine : souhaitons-leur de justes éloges et un grand succès face à des publics tout nouveaux dont celui de San Diego où Payare est aussi en poste comme chef auprès d’un orchestre qui jouera en duo avec le nôtre.
Le dernier fabuleux disque couplant Daphnis et Chloé et le Sacre du printemps sous étiquette Pentatone de l’OSM s’y vendra, j’espère, aux entractes comme de succulentes gâteries régalantes.
Orchestre symphonique de Montréal
Rafael Payare, chef
Leonidas Kavakos, violon
Œuvres
Samy Moussa, Elysium (12 min)
Piotr Ilitch Tchaïkovski, Concerto pour violon en ré majeur, op. 35, TH 59 (33 min)
I. Allegro moderato – Moderato assai
II. Canzonetta. Andante
III. Finale. Allegro vivacissimo
Entracte (20 min)
Igor Stravinsky, L’Oiseau de feu (ballet intégral) (45 min)
Photos : Gabriel Fournier

![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)



























































