Les Grands Ballets Canadiens de Montréal ouvrent leur saison avec la reprise de ce ballet classique, coloré, tour à tour dramatique et joyeux.
La Dame aux camélias, Giselle (1841), Don Quichotte (1869), Coppélia (1870), Le Lac des Cygnes (1877) ou Casse-Noisette (1892) sont les ballets les plus repris par les compagnies de ballet classique. Cendrillon (1945) s’ajoute à cette veine romantique, très prisée du public. Ainsi, le romantisme passionné vit toujours. Mais plus pour s’en amuser que pour y croire.
C’est devenu un jeu. La relecture de ces ballets comporte plus ou moins d’astuces, portant sur des détails de mise en scène, des éclairages et des costumes qui séduisent théâtralement plus que par un renouveau de la danse. Quel artiste n’a pas désiré égaler tel grand interprète, comme Rudolf Noureev, tel chorégraphe renouvelant les pas et les portés spectaculaires ? Il y a un plaisir bonbon à applaudir la beauté scénique et l’acrobatie artistique, ces vertus classiques d’un ballet connu.
L’Amour, Le Sacrifice, L’Abîme, Le Trépas. Ce sont les thèmes caractéristiques du XIXe siècle, avec leurs composantes idéales, morales et mystiques. On oublie un peu tout cela, dans cette Dame aux Camélias, l’histoire de Dumas (1848), toute baudelairienne. On se prête au pot-pourri de la musique (Florian Ziemen), qui entraîne C. M. von Weber, Lili Boulanger, Louise Farrenc, Kaija Saariaho, Fanny Mendelssohn et Clara Schumann. Nulle allusion à La Traviata de Verdi, inspiré par le même roman, succès majeur à l’opéra. On s’en tient aux envolées du mélodrame.
L’évasion garantie
Si la danse s’exprime sans mots, ici les mots comptent chez Peter Quanz : il a adjoint un narrateur, moins présent toutefois que dans la version présentée en 2023 aux Grands Ballets. L’histoire se suffit à elle-même, car la théâtralité des costumes (Anne Armit), des maquillages, des jeux expressifs des sentiments, les décors d’époques stylisées (Michel Gianfrancesco), les couleurs des éclairages (Marc Parent) et des drapés, tout converge au récit allusif, même si la triple Marguerite dansante a de quoi confondre les événements.
Ce ballet est par excellence le moment des gestes d’espérance et de désir, puis du malheur et de la mort. Les Premières danseuses, Maude Sabourin et Rachele Buriassi, dansent en duo leurs couples amoureux avec un charisme délicieux. Les solistes Anya Nesvitaylo et Vanessa Garcia-Ribala Montoya, ainsi que Anna Ishii, font mieux que tel ou telle échappé·e du corps de ballet. Au milieu des soieries et des gestes enjôleurs, elles rendent vif l’amour qui n’est pas admis, partagé ou permis. Cette contrariété, symbolisée par les contrastes appuyés de rouge et de blanc, est intemporelle.
La reprise du ballet de Peter Quanz incite à redire la beauté de la danse, mais aussi à questionner ce divertissement à l’eau de rose. Pourquoi s’attacher aux aspects kitchs du mélodrame ? Il y a le faste, l’hypnose créée par l’exercice, délicat et virtuose. Il y a la fascination pour ce qui triomphe un jour et s’écroule le lendemain ; mais les personnages passent, et le conte revient. Sans risque, la variation continue. Le confort visuel n’est pas dérangé par le drame dansé.
Quelques considérations sur la danse
Même si cette chorégraphie est quelque peu lénifiante, exempte d’une véritable prise de risque en création, la danse demeure exigeante. Les artistes y donnent le meilleur d’eux-mêmes, mais tout détail compte, lorsque les figures sont si codifiées. Une jambe, une cheville, un placement, un rythme, le moindre débalancement ou tremblement se voit. On peut difficilement demander la perfection à un grand nombre d’artistes en scène, sans y percevoir des instants de fouillis.
La rigueur du ballet est intransigeante. L’aspect de pantomime, avec ces portés inévitables, ces fouettés gracieux, ces arabesques alanguies, ces regards fixes et ces ports de tête réglés, toute la mécanique du ballet classique continue de fasciner, mais aussi de décevoir. On dira que la danse contemporaine lui emprunte son sens de l’architecture scénique. Mais celle-ci a l’avantage d’être économe dans les tours appris. Ainsi, ceux et celles qui critiquent le manque d’audace et de nouveauté, avec raison, disent le ballet ennuyeux ; ce jugement est sévère, mais fondé.
Pour poursuivre en ce sens, ajoutons que le luxe du ballet classique fait affront aux budgets qu’exige la création. Renoncer aux clichés et perdurer en recherche gestuelle sont des parties risquées, mais nécessaires. Les tournées internationales des GBC (avec une soixantaine de personnes déplacées), si elles ne sont pas encore annoncées, n’ont jamais rejoint les salles les plus prestigieuses consacrées au Ballet. Cela souligne l’extrême difficulté de la compétition internationale dans cette discipline que les chorégraphes ne sont qu’une poignée à honorer.
La Dame aux camélias. Chorégraphie : Peter Quanz. Avec les Grands Ballets, au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, du 23 au 27 septembre 2026, à 20 h ou à 14h, selon les dates.
![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)





























































![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-120x86.jpg)
