Danseur d’une intensité rare, James Phillips a offert jeudi soir à La Chapelle une performance physique hors du commun, nourrie par plus de vingt ans d’expérience en danse contemporaine. On retrouve toute cette force et cet engagement total dans Hors-d’œuvre, un solo percutant signé par la chorégraphe Catherine Gaudet.
Dès les premières secondes, le corps devient le terrain d’une obsession. Tout commence dans le noir. Lentement, le danseur émerge de derrière une table, comme s’il s’extirpait d’un mauvais rêve. Autour de lui, un cercle de lumière trace une frontière infranchissable : une cage lumineuse dont il ne pourra plus s’échapper. Le piège s’est refermé.
La danse devient alors répétitive, hypnotique, presque maladive. En toile de fond, la même musique tourne en boucle, lourde et assourdissante, usant les corps comme les esprits. La conception sonore d’Antoine Berthiaume est tout simplement envoûtante !
C’est la loi de l’excès : le même mouvement, répété sans relâche, jusqu’à la monomanie.
Puis, le cauchemar s’installe. Au cœur de cette transe épuisante, le corps se métamorphose : le danseur devient peu à peu un lapin étrange et effrayant, à la fois drôle et inquiétant, tel un « psycho bunny » sorti d’un film d’horreur ! La peur s’installe pour de bon lorsqu’un filet de sang s’écoule de sa bouche, comme le prix à payer pour cet effort surhumain.

Le corps est vidé, broyé par la répétition, mais la machine continue d’avancer. Prisonnier de sa propre transformation, le danseur lutte encore contre le vide, tendu jusqu’au point de rupture. Puis il s’immobilise, et l’on aperçoit dans l’ombre une autre figure de lapin, inquiétante, étrange, hallucinante.
À la fin, la salle entière s’est levée pour ovationner ce danseur prodigieux, revenu de l’enfer. Les applaudissements ont brisé l’atmosphère pesante qui régnait sur scène. Avec Hors-d’œuvre, le public n’a pas seulement assisté à un spectacle : il a partagé une sueur, une transe, un véritable combat. Une claque inoubliable.
À voir absolument !
Informations et billets : https://www.lachapelle.org
Compagnie Catherine Gaudet – Hors-d’oeuvre – Première mondiale
Danse
Durée : 1h5
De 18$ à 47$
Photos : Mathieu Doyon
![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)





























































