Il y a des soirées musicales qui s’inscrivent d’emblée dans la mémoire collective. Le vendredi 2 octobre, la Maison symphonique accueillait le tout dernier concert à Montréal de la pianiste Janina Fialkowska, et le public s’était mis sur son trente et un pour célébrer cette grande musicienne.
Née à Montréal en 1951 d’un père polonais et d’une mère canadienne, qui fut sa première professeure, Janina Fialkowska s’est formée auprès de la pédagogue Yvonne Hubert avant de se perfectionner à Paris et à New York.
Protégée et amie proche d’Arthur Rubinstein, qui l’a propulsée sur la scène internationale, elle s’est imposée au fil des décennies comme une interprète incontournable des répertoires classique et romantique, notamment de Chopin et de Mozart. Officier de l’Ordre du Canada et lauréate d’un Prix du Gouverneur général pour les arts de la scène, elle a porté la grâce et la maturité de son art sur les plus grandes scènes du monde.

Anna Clyne – Stride : l’élan et la pulsation de la modernité
La soirée s’est ouverte avec Stride d’Anna Clyne, une œuvre vibrante et audacieuse. Inspirée par les pulsations d’une sonate pour piano de Beethoven, la pièce jette un pont entre passé et présent, mariant un lyrisme tourbillonnant à des textures orchestrales trépidantes. Sous la direction incisive et rigoureuse d’Andrei Feher, l’Orchestre classique de Montréal a abordé cette partition avec mordant.
Ludwig van Beethoven – Concerto pour piano nº 4 en sol majeur, op. 58 : la grâce souveraine de Janina Fialkowska
Puis le temps s’est suspendu pour le Quatrième Concerto de Beethoven, à la fois monumental et poétique. Dès les premiers accords égrenés au piano, Janina Fialkowska a captivé l’auditoire par une intériorité bouleversante et un toucher perlé, d’une grande clarté. Loin des démonstrations athlétiques, elle a dialogué avec l’orchestre dans un équilibre parfait de nuances et de tendresse. L’Andante con moto, tout en mystère, a offert un moment de pure grâce, avant qu’un Rondo étincelant et espiègle ne vienne couronner cette interprétation magistrale.
Fialkowska ne se contente pas d’interpréter la partition : elle l’habite, sculptant chaque phrase avec une délicatesse que soutient une maîtrise technique absolue. Ce concert d’adieu a rappelé pourquoi la pianiste occupe une place à part dans le cœur des mélomanes montréalais : une leçon de musique et de générosité. Le public lui a offert trois longues ovations debout.
Ludwig van Beethoven – Symphonie nº 7 en la majeur, op. 92 : l’énergie irrésistible de la danse
Après l’entracte, Andrei Feher a demandé au public de retenir ses applaudissements entre les mouvements de la Septième Symphonie, préservant ainsi la tension et l’unité de l’œuvre. L’orchestre en a livré une lecture à la fois fine et énergique. Portée par un élan rythmique contagieux, elle a restitué toute la puissance jubilatoire de cette symphonie que Richard Wagner qualifiait d’«apothéose de la danse ».
Une direction inspirée et un orchestre au diapason
Tout au long de ce programme exigeant, Andrei Feher a guidé l’Orchestre classique de Montréal avec une précision élégante et une écoute attentive. L’orchestre a fait preuve d’une souplesse admirable, épousant les contrastes de Clyne puis enveloppant le jeu de Fialkowska d’un écrin chaleureux et transparent. La complicité évidente entre le podium, les musiciens et la soliste a rendu cette soirée mémorable.
Une magnifique façon de lancer la saison !
Ce concert était dédié à la mémoire de Mario Lafond, un ami cher et un donateur de longue date de l’OCM.
![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)






























































