Le généreux violoniste Fedor Rudin que nous avions eu l’occasion, il y a dix ans, d’entendre, en récital, au Concours musical international de Montréal (CMIM) était accompagné, vendredi soir 2 octobre, au piano Steinway de la Salle Bourgie par l’excellent Selim Mazari que j’ai trouvé lui aussi gonflé à bloc d’une énergie viscérale.
Les deux artistes, en séduisante symbiose, offraient un beau programme de musique allemande où Beethoven (opus 30 n° 3) et Brahms (opus 108) partageaient l’affiche avec des productions plus contemporaines mettant notamment à l’honneur le souvenir du compositeur russe Edison Denisov (il fut le grand-père de Fedor Rudin).
Soviétisme musical
Sous la férule de Dmitri Chostakovitch, Edison Denisov s’était distingué par une indépendance d’esprit et un louable lyrisme transcendant tout à fait audible et fulgurant à l’Adagio de ses Trois pièces de concert pour violon et piano opus 15 offertes au programme.
Une autre œuvre de l’original artiste et libre-penseur canadien, Ian Cusson, Métis et Canadien français de la baie Georgienne à double identité raciale et sexuelle avouée, intitulée Le Jardin des délices faisait supposément référence aux audaces picturales de Jérôme Bosch : voilà un surréaliste avant l’heure, montrant en dérision divertissante les tentations opportunistes de la débauche et de la luxure, sources de plaisirs physiques et fantasmatiques.
Postures audacieuses
Rien n’indique jamais que la musique parvienne à ces charnelles représentations mimétiques, mais la musique de Cusson demeure d’intérêt contemporain.
En ces postures d’audacieuses expressions d’amours musicales, les deux musiciens formaient un intéressant couple vigoureux aux déploiements sonores nous initiant d’évocations putatives, restituant, peut-être, tout intérêt légitime pour ces univers à prouesses imaginées.
Presque un second rappel
Un rappel d’une trop brève œuvre inédite du même Denisov fut offert et les virtuoses ont hésité, hélas, à nous en donner un second plus préparé qui devait être une œuvre de Lili Boulanger. Ils n’auraient pas dû hésiter, car le public d’environ 150 mélomanes leur était entièrement conquis et les eût volontiers suivis et écoutés.
L’occasion ne se présente qu’une fois, comme ça, que de revivre ce que la jeunesse passionnante des concours nous avait ingénument offert comme occasion de sensation sublime soit de jouer dans la magique Salle Bourgie.
Fuites amoureuses
La Salle Bourgie est un temple où les vitraux de Tiffany offrent à l’imagination des interprètes rêveurs des teintes où poser le regard en jouant afin de feindre d’imaginer sensuellement une sainteté à la musique.
Comme Bosch, on recourt à la tentation de vouloir fuir l’idéal de perfection vertueuse qu’on s’impose pour mieux vivre en se débarrassant une fois pour toutes de sa lourde auréole de chasteté. La musique, avec son aura de mystère, trouve en des interprètes comme Rudin et Mazari, de véritables apôtres colorés.
Salle Bourgie, 2 octobre 2026
Fedor Rudin, violon
Selim Mazari, piano
Ludwig van Beethoven : Sonate pour piano et violon n° 8 en sol majeur, op. 30, n° 3
Edison Denisov : Trois pièces de concert pour violon et piano, op. 15
Ian Cusson : Le Jardin des délices
Johannes Brahms : Sonate pour piano et violon n° 3 en ré mineur, op. 108
Lire des articles de Éric Sabourin ici.
![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)






























































