C’est, pendant deux heures la risée inévitable d’un défilé d’images de films d’archives soviétiques où déambulent devant la dépouille d’un tyran sanguinaire (parmi tant d’autres imbus de pouvoir politique) une foule de personnages lugubres qu’un simple arrêt sur image avec super et biographie succincte aurait pu permettre au public d’identifier…
Pour qui n’a pas lu sur ses tergiversations durant les 900 jours du siège de Leningrad, la collectivisation forcée des terres, les purges des années 1930 par procès politiques et tortures avérées, ses actes terroristes ou d’agitateur sous le nom de Koba, les dix jours de sa disparition mystérieuse dès le 22 juin 1941 déclenchant l’Opération Barbarossa dont Staline (alias Iosif Vissarionovich Djougatchvili et alias jeune séminariste prénommé Soso) avait eu vent des mois auparavant (par les Alliés eux-mêmes après l’interrogatoire de Hess et les fuites ou dénonciations de l’amiral agent-double Canaris sans oublier des rapports et indices d’ambassades irréfutables), bien avant son ascension au pouvoir ou ses actes criminels en Géorgie.
En noir et blanc, défilent à l’écran tous ces visages sombres incognito, tous faussement endeuillés comme Molotov, Khrouchtchev, Boulganine, Beria, Malenkov, Souslov, Kaganovitch, à un moment apparaît le Roumain Nicolas Ceaucescu jeune encore en habit militaire, comme nous est apparu Chou-en-Lai, bras droit d’un Mao joufflu omniprésent à l’esprit des communistes du monde entier, toutes ces figures du pouvoir communiste des obéissantes dites-républiques populaires ou démocratiques asservies par le Politburo russe. Au-delà des pleureuses, on saisit surtout le faciès apeuré des rares militaires épargnés aux arbitraires purges, celui des rescapés du massacre de la guerre dite patriotique contre l’irrédentisme allemand sans parler du grave regard des victimes devant sabrer le champagne russe à la nouvelle de ce décès par hémorragie cérébrale, ces innombrables familles rapprochées des déportés des goulags…
Une simple lecture de la vie du musicien Dimitri Shostakovich pouvait nous faire comprendre que ce documentaire n’en est pas un, sinon qu’il est une parodie, car il ne documente rien en substance sinon une foule de badauds à qui la rectitude politique de l’époque dictait de prendre un visage d’enterrement. La mélodie du Traumereï des Scènes d’enfants de Schumann, la musique des deux adagios dont l’adagio lamentoso de la symphonie pathétique de Tchaïkovsky, le second thème de la Marche funèbre de Chopin (et non pas le principal thème bien trop polonais pour ce dictateur russe ayant écrasé toutes les dissidences vers l’Ouest jusqu’à la Bohème, les extrêmes Hongrie, Bulgarie, Pologne et l’Autriche fragile, toutes asservies à des régimes douteux…), bien entendu on s’émeut toujours de la beauté du Lacrymosa du Requiem de Mozart, mais cet étalage d’airs joués en boucle exaspèrent même le plus naïf des adolescents, car quelques fragments de pellicule colorés pour faire joli, cela ne fait pas un documentaire où chacun puisse rire de l’ironie ou de la satire cynique qu’on devrait tirer de ces images.
Échec retentissant de l’aspect documentaire, la facétie perdure d’appeler documentaire n’importe quoi. Au pays de la devise Je ne me souviens de rien, c’est le rendez-vous de l’insignifiance qu’est l’amnésie. Des dizaines de millions de personnes assassinées…




























































