C’est à nouveau une belle pièce d’atténuation ironique et divertissante au possible qui prend l’affiche jusqu’au 3 mai 2026 à La Licorne que cette Fanny de l’auteure Rébecca Deraspe.
Il s’agit d’un florilège de réflexions critiques savoureuses tissé par un texte lumineux fort engagé et une mise en scène pleine de dextérité signée Marie-Hélène Gendreau et Hubert Lemire.
Triomphante Marie-Thérèse Fortin
Dans le rôle titre de Fanny, souriante femme engagée à une égalité équilibrée et spontanée, enfin parvenue à bon port dans la soixantaine, Marie-Thérèse Fortin triomphe sans contredit. Sa performance se magnifie encore devant un public jeune répondant le plus souvent présent aux revendications féministes de l’heure.
La quiétude de Fanny se verra cependant violemment bousculée par sa rencontre avec une Alice (Doriane Lens-Pitt) un tantinet insolente en toute parole fort appropriée (à l’occasion impertinente mais bientôt en auto-dérision) d’une quarantaine d’années plus jeune qu’elle et évidemment plus militante.

Banderolle démocratique bien déroulée
Les plus récentes revendications à la juvénile page féministe révolutionnaire passent ainsi sous nos yeux via de nombreuses incriminantes insinuations implicites à la démarche agressive : celles-ci nécessitent le progrès monologique accéléré par un revolver verbal apposé sur la tempe de l’auditeur tu ou amuï. Alice, en son rôle de superbe intelligence verbo-motrice, c’est le spectacle d’une ayant-droit à l’automatique parole souveraine décochant ses verdicts de culpabilité décoiffant passablement notre influençable Fanny.
La bavarde Alice s’émerveille
Je ne sais si la mode théâtrale est à la parodie du discours politique militant grimpé au sommet d’un tabouret posé au milieu de la place publique captive, tout en pointant les deux doigts majeurs vers le Ciel voire tout le cosmos, mais Alice ne finira pas tout à fait jusqu’au bout comme une Rosa Luxembourg à la sortie de l’hôtel Eden de la Porte de Brandebourg!
Son essentiel discours sur les enrageants féminicides nous bouleverse avec une sublime adresse, cependant que son Waterloo personnel naîtra en son propre sein — car, oui, l’amour accomplit encore la souhaitable métamorphose jusqu’à faire naître des merveilles.

Un tendre mâle rayonnant aussi
Il faut saluer la performance du comédien Jacques Laroche qui joue un touchant et compréhensif mâle — ou amant — ou fidèle ou allié — ouvert à tout soutien, un personnage duquel sourd un trop plein de tendresse et d’ouverture tout au long de la pièce. Il rachète un peu le tableau rhétorique d’ensemble parfois un peu caricatural.
En témoigne périodiquement le silence prolongé d’exaspération de la salle à certaines redites parodiques du discours paradoxal féministe dé-genré où le dit fluide et l’à-la-mode non binaire polyamourés s’imposent comme tout ce qui hurle d’insoumission au sein de notre société dévissée.
En écho de reflet ou de miroir de ce politique théâtre à la Ionesco in vivo qui nous accable, j’ai songé au tout récent week-end du congrès du Nouveau parti démocratique qui chambranlait passablement de la sorte en maints vacillements actuels de toutes nos valeurs devenues incontestablement bien instables. Heureusement, cette pièce Fanny reste plus mesurée en ses diserts progrès revendicatifs.
Une coproduction du Théâtre du Bic et du Théâtre du Double signe
En codiffusion avec La Manufacture
Texte Rébecca Déraspe
Mise en scène Marie-Hélène Gendreau et Hubert Lemire
Avec
Marie-Thérèse Fortin
Alexandra Gagné Lavoie
Jacques Laroche
Doriane Lens-Pitt
François Louis Laurin
Photos : Benoit Ouellet




























































