Entrer dans le théâtre Rouge du Conservatoire de musique de Montréal pour voir la nouvelle pièce de Lara Kramer, c’est syntoniser au battement de cœur de la Terre.
Remember that time we met in the future? est un voyage sensoriel d’une extrême vulnérabilité. Entre élans vibrants et immobilités chargées d’histoire, les artistes font de la scène un espace de devenir où l’intime rencontre la tempête, nous laissant avec la sensation troublante et magnifique d’avoir réellement partagé un fragment d’avenir avec eux.
Quant à Lara Kramer, elle est une chorégraphe, danseuse et artiste canadienne d’origine ojie-crie et mennonite. Reconnue pour la profondeur de ses œuvres, elle explore de manière poignante et engagée les thèmes de l’identité autochtone, des traumatismes intergénérationnels et de la résilience.
Il y a une urgence politique qui refuse le spectaculaire dans le travail de Lara Kramer. Sur la scène, les quatre interprètes, Sage Fabre-Dimsdale, Jeanette Kotowich, Kyana Lyne et Marcus Merasty, occupent l’espace, le réclament, le traversent et le transforment en un territoire non linéaire où le corps devient le canal d’une transmission intergénérationnelle essentielle.
Cette démarche s’ancre profondément dans les mots offerts par les gardiennes de la langue Anishinaabemowin, Ida Baptiste et Ernestine Baldwin :
Gdoowewewininaan Nde’im nawewewin nawewe dibishko entaagozid dewegan miinwaa Mashkakimikwe entaagozid. Nawewewin maamawisagnaan wiiji mno bamaadziwin. Ndinwendaaganag. Gimnaadendaamin iw nawewewin mno zhichigeng. Gimikenmaanaanig giw Anishnaabeg menzha gaa bamaadzijig maa akiing. Bjiinaago. Noongom. Waabang. Niigaan giganaabmin Niizhwaaswi Nidaadziikewin.
C’est l’écho d’un battement de cœur partagé : « Notre battement de cœur. Le son de mon cœur résonne comme le tambour de la Terre-Mère. Ce son nous relie tous ensemble à la vie bonne. Nos relations. Nous honorons ce son par nos gestes. Nous honorons nos ancêtres qui ont vécu sur cette terre. Hier. Aujourd’hui. Demain. Nous portons notre regard vers les sept générations futures. »
Ancrés dans cette décélération radicale, les performeurs refusent le spectaculaire. Leur présence physique incarne ce texte et déploie un voyage sensoriel d’une rare vulnérabilité, laissant le spectateur avec la sensation magnifique d’avoir, dans le noir de la salle, réellement partagé un fragment d’avenir sombre avec eux.
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