Quel moment d’une rare intensité nous a été donné de vivre à l’Agora de la danse avec Show Gone! Ame Henderson et Matija Ferlin qui nous invitent au dénouement d’une quête artistique de quinze ans, le point culminant de leur triptyque de duos, succédant au puissant Out of Season (2015).
Une complicité au-delà du temps
Si Out of Season explorait déjà la synchronie et la complicité face aux complexités de l’amour et de l’identité, posant la survie comme un acte chorégraphique, Show Gone va plus loin : c’est un dialogue à cœur ouvert, une révélation de ce qu’il faut se dire après des années de vies séparées.
Le génie de cette pièce réside dans sa capacité à transformer l’intimité d’une amitié créative en une expérience universelle. Les deux artistes, avec une sincérité désarmante et un humour bien senti, se questionnent :
« Qu’avons-nous besoin de nous révéler l’un à l’autre pour avancer de nouveau ensemble ? » La réponse est dansée, parlée, et suspendue entre deux êtres qui ont su utiliser le mouvement pour naviguer les réalités changeantes de la vie et du corps.
Quand l’« Ici Ensemble » se transforme
L’influence du travail précédent de Henderson, notamment la philosophie derrière ring (2019), se ressent. Rappelons que Ring, œuvre d’ensemble créée pour le Toronto Dance Theatre, cherchait à réunir les interprètes et le public dans le « ici et maintenant », dans une « progression circulaire » où l’on cherche à « trouver le même, différemment ».
Dans Show Gone, cette quête de présence et de connexion est concentrée dans le face-à-face des deux interprètes. On assiste à une version rubato (irrégulière) de cette exploration : les fragments d’histoires vécues défilent à « vitesse humaine », portés par une chorégraphie qui est tour à tour poétique, prosaïque et toujours profonde.
Avec Show Gone – L’aboutissement d’une amitié chorégraphique, la Canadienne Ame Henderson et le Croate Matija Ferlin concluent un cycle artistique puissant! Show Gone n’est pas qu’un spectacle, c’est un « cinéma de phrases » émotionnel, une méditation sur la continuité malgré les ruptures.
Henderson et Ferlin réussissent le pari fou de faire émerger, d’une « succession infinie de fins », un sentiment lumineux et galvanisant de commencement. Un chef-d’œuvre à ne manquer sous aucun prétexte!
Photo: Noel Pendawa





























































