Dans un monde où tout menace de se ranger en lignes droites et en cases grises, rares sont les spectacles qui ont l’audace et le génie de tout mettre sens dessus dessous.
Présenté du 5 au 7 novembre 2026 à La Chapelle Scènes Contemporaines, en coprésentation avec La Mèche Courte, festival qui fait le pari d’une création jeune public audacieuse et sans œillères, Après le déluge transforme la danse contemporaine en un fabuleux terrain de jeu où petits et grands retombent ensemble en enfance.
On le doit aux « siamois artistiques » Julia B. Laperrière et Sébastien Provencher, chorégraphes et interprètes aguerris qui partagent un goût marqué pour l’absurde, la théâtralité et le geste brut, et qui font dialoguer la danse, les arts visuels et le son. La salle était remplie d’un mélange d’adultes et d’enfants, et les rires ont été nombreux durant la représentation de 45 minutes.
Tout commence dans un décor épuré, peuplé de mystérieuses boîtes. Recluses dans ces alvéoles rigides, deux créatures humanoïdes finissent par s’en échapper et font une apparition explosive sur scène. C’est le début d’une découverte candide et chaotique du monde extérieur : avec une prudence malicieuse, une maladresse poétique et beaucoup d’humour, le tandem apprend à apprivoiser cet environnement kaléidoscopique.
Sur un plateau en damier noir et blanc, les deux créatures composent avec l’ombre menaçante (ou complice !) de tentacules aux formes organiques. Ces délirantes marionnettes et sculptures mouvantes sont l’œuvre du duo Wendt+Dufaux, formé de Sarah Wendt et Pascal Dufaux.
La musique électronique, interprétée en direct par Bráulio Bandeira (Deepneue), vient amplifier ce choc des univers. Portée par ce son pulsé, l’énergie survoltée de la chorégraphie se heurte à l’absurdité des corps et aux formes molles des marionnettes, créant une tension scénique aussi palpitante qu’irrésistible. Chaque seconde était une transformation ; les danseurs se donnaient à fond, et j’étais fasciné par les changements de décor ainsi que par les couleurs qui apparaissaient pendant la performance.
Animée d’une ironie espiègle qui célèbre chaque « accident », cette création s’adresse avec la même intelligence aux enfants qu’à l’enfant tapi au fond de chaque adulte. Elle nous invite à réfléchir à notre manie bien humaine de vouloir tout classer et tout mettre en boîte.
Et si le véritable héros de l’histoire était le Chaos ? Une proposition qui stimule autant l’imaginaire que l’esprit critique, et qui illustre à merveille l’audace que La Mèche Courte défend auprès des jeunes spectateurs.
Après ce joyeux tumulte, le spectacle s’achève sur une note d’une délicatesse touchante. Alors que le calme revient, les interprètes disparaissent sous une couverture multicolore qui se met à briller dans le noir, une image finale d’une grande beauté, comme une lueur d’espoir dans l’obscurité. Une ode pétillante à la métamorphose et à la douce folie.
Si vous avez l’occasion de voir ce spectacle ce week-end, n’hésitez pas, avec ou sans enfants, honnêtement, je pourrais le revoir !
Infos pratiques : 45 minutes, à partir de 6 ans. Dernières représentations le samedi 7 novembre à 11 h et à 14 h.
https://www.lachapelle.org/fr/spectacles/apres-le-deluge

























![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)




















