Ils et elles sont zébré·es comme l’éclair. Rapides comme la foudre. Terribles. Ces Prométhée sans peur, délesté·es de porter le monde sur les épaules. Ni la gravité ni le déséquilibre ne les retiennent. Ils et elles ont du muscle. Tous les neuf sautent, gravissent les hauteurs aussi bien que des singes et des félins. En chœur, le public tremble, crie et applaudit.
En groupe ou en duo, alternativement, ils et elles avancent au rythme des instruments. La musique les porte, les maquillages, superbes, leur donnent des visages sauvages, soulignant les yeux, perlés, agrandis, exorbités. Et les costumes, signés Liz Vandal, la costumière de La La La Human Steps, sont également sauvages et très circassiens. Multicolores et ajourés sur des corps tatoués, ces secondes peaux qui les habillent resplendissent avec l’énergie d’un autre monde.
Le cirque est en effet un monde à part, quoique les spectacles soient désormais chorégraphiés (ici par le Suédois Elon Höglund), visuels et musicaux, autant qu’ils sont physiques. On a débarrassé la piste ronde des clowns, des animaux, des tartes à la crème, des lancers de couteaux et des découpes d’assistante du Maître, comme du lapin sorti vivant d’un haut-de-forme démodé.
Le cirque danse. On y roule au sol, on y cabriole, et les bras gracieux des danseuses acrobates suivent les corps. Le cirque tourne et vous tourne la tête, réalisant des pirouettes dans les cordes, les sangles et les tissus aériens, le cerceau aérien et le trampoline, à satiété. À les voir de près, ce sont des athlètes de divers styles de danse (Mourad Merzouki, ici conseiller artistique, est bien connu en danse). Ils et elles évoluent en partenaires soudés. Experts de quelques numéros classiques (équilibre sur chaises, pirouettes aériennes), ils et elles encouragent les défis, dont les battles de breaking et de krump, venues des danses de rue. Le breaking a même été discipline olympique à Paris en 2024.

La signature funk
Éloize signifie « éclair de chaleur » aux Îles-de-la-Madeleine, d’où vient ce cirque. Le saviez-vous? Depuis 1993, ce mot se promène en faisant la fierté de Jeannot Painchaud, son fondateur avec sept complices. Dans cet iD—Évolution, il n’y a pas que la roue Cyr, l’invention de Daniel Cyr pour Éloize, la fameuse roue qui tourne aussi bien qu’un des satellites de Saturne ou de Jupiter. Chaud devant! Rien ne brûle, sinon la vitalité physique, le hip-hop, et tout ce qui brille au ciel de l’imagination artistique.
iD Éloize, c’est leur identité, leur nature propre et collective. J’aime penser que iD, le ça freudien, est la partie qui restera toujours inconsciente, insaisissable de la psyché humaine. C’est aussi, et peut-être surtout, au cirque, un acronyme posé sur une musique électronique de danse, pas encore titrée, pas tout à fait terminée mais presque : « in Development ». Une belle trouvaille.
iD—Évolution. Ils et elles, ces beautés, surtout la gracieuse Arielle Gorodetskaya, rejoignent tout le monde avec leur style funk. Ainsi, la compagnie promène son spectacle. Qui a aimé iD, leur production de 2009, jouée 2 100 fois dans 33 pays et 140 villes, raffolera de la suite. Le show se transforme. En effet, en dix-sept années de tournées, un spectacle change nécessairement de rythme, de couleurs sonores, de textes de rap et d’artistes aussi. Les corps s’usent… et se remplacent, avec un style neuf. Alors, et c’est une chance pour l’art, les créateurs en profitent pour se livrer à ce qu’ils préfèrent : innover, améliorer et faire résonner leur talent dans leur temps.

iD, la suite
C’est du sport et des illusions… et beaucoup de technique. Car ils et elles se sont entraîné·es à manier balles, anneaux, diabolos et bâtons-fleur; à chevaucher monocycle, rola bolla, boule d’équilibre, pédalgo, fil tendu et échasses; à s’élancer avec trapèze, tissus aériens, cerceau aérien, sangle et slackline. Pendant une heure et quart sans relâche, ils et elles s’affairent et savent faire avec les outils de base, la cuisine d’Éloize.
À chaque spectacle, ils et elles renouvellent le cirque en misant sur l’exploit : le street art, le hip-hop, le break-dance, le BMX extrême, le trampomur, la roue Cyr. Ces sports nouveaux, précis et éblouissants, réjouissent des publics variés en tournée. Qu’y a-t-il d’extrême pour un acrobate, un sportif circassien? La danse québécoise réussissait jadis à porter la scène à l’incandescence; c’était la marque d’énergie québécoise des années 1980-2000. Ce cirque y est fidèle aujourd’hui en apportant cette identité, la présence intense du corps qui met sa force dans des formes abruptes et illimitées.
Inversement, des traditions européennes n’ont-elles pas orienté le rêve de ce qui émerveille? Elles ont joint un sens théâtral aux numéros traditionnels, ce qui a fait la joie des grands enfants anglais, italiens, français, tchèques, russes et autres, tous les pays ayant leurs troupes ambulantes, chargées de personnages anormaux.
En 36 créations, 7 000 représentations dans 700 villes et 7 millions de spectateur·rices, la compagnie Éloize a su intégrer un riche visuel : des acrobates d’exception, des jongleurs époustouflants, un art de la vidéo spectaculaire, des expériences immersives, du rêve, des éclairages percutants et de la musique colorée, rythmée, accrocheuse… La ville américaine projetée ici en arrière-fond change de teinte au gré des émotions ou disparaît au profit de fenêtres aux silhouettes découpées. Devant ce décor, un véritable chantier dresse son échafaudage qui, habité par des créatures insatiables de sauts, magnifie la verticalité. Danser en l’air autant qu’au sol, c’est un jeu, un cirque, une identité durable québécoise, transmise à des artistes de partout.
iD—Évolution. Cirque Éloize. Avec Arielle Gorodetskaya : Contorsion + Cerceau + Tissus aériens; Bryan « Slinky » Boyer : Danse – BBoy; Christophe Bate : Sangles aériennes + Roue Cyr; Forty Nguyen : Danse – BBoy + Équilibres sur chaises; Kaity Mussio : Cerceau + Tissus aériens + Main à main + Trampomur; Méroine Mathieu : Mât chinois + Trampomur + Main à main; Paco Olmos : Jonglerie + Trampomur; Trevor Bodogh : Vélo trial; WORD : Danse Hip-Hop + Freestyle.
ÉQUIPE DE CRÉATION :
Jeannot Painchaud : Direction de création et mise en scène; Elon Höglund : Chorégraphie et mise en scène associée; Jean-Phi Goncalves et Alex McMahon : Composition musicale; Frédérick Ouellet : Scénographie; Stéphane Ménigot : Conception éclairage; Bernard Maurand et Yannick Doucet : Conception vidéo; Rémy Jannelle : Conception sonore; Nadine Fuertin : Chant; Véronique Saint-Germain : Conception maquillage; Liz Vandal : Conception costumes; Atelier M – Philippe Massé et Marianne Thériault : Conception costumes; Marie-Michelle Faber : Conception acrobatique et entraîneure en chef; Mourad Merzouki : Participation artistique; Nicolas Fortin – Haut Vol : Consultation trampoline.
Présenté à la Tohu, du 31 octobre au 15 novembre. En tournée au Québec tout l’automne, puis à Ottawa et aux États-Unis.
LES BILLETS POUR iD-EVOLUTION SONT EN VENTE EN LIGNE VIA TOHU.CA,
AU COMPTOIR D’ACCUEIL ET PAR TÉLÉPHONE AU 514 376-8648 OU 1 888 376-8648.

























![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)




















