Avec COIL, la chorégraphe et réalisatrice canadienne Dana Gingras, pionnière de la danse contemporaine reconnue pour les œuvres immersives et multidisciplinaires qu’elle crée avec sa compagnie Animals of Distinction, invite le public à ralentir et à se rapprocher de l’essentiel.
Le 6 novembre, l’Espace bleu de l’Agora de la danse était plein et l’enthousiasme du public se sentait déjà. En entrant, j’ai tout de suite été saisie par la scénographie de Caroline Monnet. Malgré la salle comble, l’atmosphère gardait une intimité rare. Suspendu au-dessus d’un parterre immaculé, un immense filet de plastique blanc capte et renvoie la lumière, en parfait dialogue avec les éclairages de Lucie Bazzo.
Sur scène, j’ai eu l’immense bonheur de retrouver l’incroyable Caroline Gravel, que j’avais tant aimée dans Les jolies choses de Catherine Gaudet en 2022. Comme toujours, sa danse témoigne d’une persévérance et d’une endurance physique remarquables, perceptibles dans le moindre de ses gestes.
Autour du motif de la spirale, elle explore avec une ténacité fascinante les méandres du mouvement et du souvenir. Elle entame la pièce dans le calme : elle tresse ses longs cheveux en deux nattes, regarde autour d’elle, comme désorientée, et laisse échapper de petits gestes hésitants dans le silence. Peu à peu, son vocabulaire s’élargit et le mouvement prend de l’ampleur.

Puis la trame sonore s’amorce, doucement d’abord, pour devenir lentement mais sûrement un bain sonore dans lequel la danseuse se roule, alternant mouvements intenses et moments de calme absolu. En direct, la multi-instrumentiste post-rock Sophie Trudeau (du groupe culte Godspeed You! Black Emperor) livre une prestation d’une puissance hypnotique. En entrelaçant échantillons électroniques et boucles de violon électrique, elle installe une transe enveloppante qui épouse, souligne et parfois devance la gestuelle de Caroline Gravel. Dans cette pièce intime, le corps devient le théâtre de la mémoire, de la transformation et de la reconstruction.
Une mémoire qui s’efface, un corps qui se souvient, puis ce mouvement perpétuel qui recommence. Inspirée par la pensée de Louise Bourgeois, chez qui la spirale est tour à tour tension et libération, repli et refuge, la création s’aventure au-delà des oppositions simples. Entre chaos et contrôle, entre l’empreinte de la nature et le langage du code, elle fait le pari de la lenteur comme force créatrice et transforme la réparation en une chorégraphie du vivant, ancrée dans le moment présent.
Pendant 55 minutes, j’ai été captivée, émue et surprise par cette proposition ingénieuse. Au terme de ce spectacle hors du commun, le public s’est levé d’un même élan pour offrir une ovation chaleureuse et amplement méritée à toute l’équipe. Bravo!
Présenté à l’Agora de la danse – billets
Samedi 7 novembre 2026 – 16 h


























![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)




















