Salle comble à la Cinquième Salle, mercredi soir. Dès les premières notes, David Marino nous laisse pantois. Cette voix, il l’a travaillée, polie, perfectionnée, et il la pose maintenant là où ça fait mal : sur les émotions à vif.
C’était la troisième fois que je voyais David Marino en spectacle depuis juillet 2024. Son minois de chérubin est intact, certes, mais quelque chose a changé. Après 250 représentations au Théâtre du Lido à Paris, à raison de sept spectacles par semaine, chant et danse en prime, dans la peau de Maxence des Demoiselles de Rochefort, le jeune Montréalais est devenu un homme. Et devant cette Cinquième Salle remplie à craquer, où plusieurs le découvraient, ça sautait aux yeux.
Le crooner a mûri
Le sourire est toujours là, accroché au visage. Mais la gestuelle du crooner est plus maîtrisée, plus posée, et il tient la salle au creux de sa main. Pour l’occasion, il nous livre 17 chansons triées sur le volet dans l’immense répertoire de Michel Legrand, des immortelles que tout le monde fredonne aux perles qu’on soupçonnait moins : Quand ça balance, Watch What Happens, la Chanson de Maxence, Sweet Gingerbread Man, The Summer Knows, Brûle pas tes doigts, Un parfum de fin du monde…
Legrand, c’est la musique des émotions fortes. Et Marino ne triche pas avec elles. Toute la soirée, on a vu ce jeune homme de 27 ans tantôt retenir ses larmes en inclinant la tête, tantôt se laisser emporter par la vague.
La bénédiction de Macha Méril
Ce concert-hommage est né d’une rencontre. En octobre 2025, Macha Méril, la veuve de Michel Legrand, assiste aux Demoiselles de Rochefort au Lido. Après le spectacle, elle va trouver David en coulisses et lui dit qu’il devra un jour faire un concert pour mettre en lumière le répertoire de son mari, qu’il en a la voix et la personnalité. « Que son ancienne femme, celle qui le connaît plus que tout au monde, me dise ça, c’était le plus beau compliment qu’on pouvait m’adresser », raconte David Marino.
Le chef d’orchestre des Demoiselles de Rochefort, Patrice Peyrieras, a d’ailleurs accepté de travailler avec lui sur ce projet. Après le Bal Blomet à Paris et le légendaire Birdland de New York, voilà le spectacle enfin chez nous.

Le clou de la soirée
Avec l’assurance qu’il a gagnée là-bas, Marino nous offre des numéros superbes en complicité avec le grand trompettiste Ron Di Lauro, un habitué des festivals de jazz. Les deux se renvoient la balle avec un plaisir évident. Et le jeune homme ne boude pas ses scats, de cette voix qui ne compte pas et qui tient la note à n’en plus finir.
Puis viendra la rencontre avec l’artiste lituanienne flamboyante Ieva Dudaite, avec qui il a récemment enregistré le thème des Parapluies de Cherbourg. Ensemble, ils nous offrent Les Moulins de mon cœur et I Will Wait for You, deux moments de pure douceur.
L’humanité
Il y a aussi ces instants où le crooner laisse tomber le costume. La grande chanson d’amour What Are You Doing the Rest of Your Life?, il la dédie à ses grands-parents, mariés depuis 66 ans. Joli.
Lui qui a maintenant chanté à New York, à Paris et à Londres, on lui demande parfois où il habite. Sa réponse, il nous la chante : Pieces of Dreams (Little Boy Lost). Le clin d’œil fait sourire toute la salle.
Puis arrive le rappel. Les Parapluies de Cherbourg. En pleine chanson, la voix se brise, David Marino éclate en sanglots et doit arrêter ses musiciens. Larmes. Sur scène, et dans la salle aussi.
Un talent à faire connaître
David Marino n’est pas seulement une voix exceptionnelle. C’est aussi un charisme comme pas un : la gestuelle des grands crooners, la maîtrise de la salle, ce mélange d’élégance et de vulnérabilité qui vous désarme. Il demeure une exception. Rares sont les artistes de son âge qui abordent ce répertoire jazz avec autant d’aplomb, à l’instar des Sinatra et Tony Bennett qui l’ont tant inspiré.
Encore trop peu connu chez nous pour l’immensité de son talent, notre crooner s’apprête à partir en tournée américaine en 2027 avec sa comparse Kate Kortum. Intitulée World on a String: Swinging the Songs of Broadway et produite par Jazz at Lincoln Center, elle compte déjà plus de 50 dates confirmées. Au menu : le Great American Songbook et les grandes chansons de comédies musicales.
Son talent singulier ne demande qu’à rayonner à plus grande échelle. Aujourd’hui la Cinquième Salle, demain la Salle Wilfrid-Pelletier? Je prends les paris!
Musiciens
- John Gilbert – directeur musical et piano
- Ron Di Lauro – trompette
- Mason Jeffery-Off – contrebasse
- Jacob Wutzke – batterie
- Invitée : Ieva Dudaite – voix
Le programme
- Quand ça balance
- Watch What Happens
- Chanson de Maxence
- Sweet Gingerbread Man
- Le cinéma
- What Are You Doing the Rest of Your Life?
- Ask Yourself Why
- The Summer Knows
- Brûle pas tes doigts
- Je vivrai sans toi (La valse des lilas)
- Pieces of Dreams (Little Boy Lost)
- Les Moulins de mon cœur, avec Ieva Dudaite
- I Will Wait for You, avec Ieva Dudaite
- [titre à vérifier : « amour en scie »]
- How Do You Keep the Music Playing?
- Un parfum de fin du monde
- Les Parapluies de Cherbourg
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![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)



























































