I l était temps qu’on rende hommage à Félix Leclerc. Mais ce n’est pas une mince tâche. C’est le producteur Jean Pilote qui s’y attaque, celui là même qui nous a offert les spectacles hommage à Elvis avec Martin Fontaine, et aussi le festif ABBA Expérience, pour ne nommer que ceux-là. Sa vaste expérience, et surtout son flair et son talent, m’ont poussé à m’intéresser à ses spectacles dès leur mise en vente. Il est un gage de qualité assurée.
Jean Pilote s’intéresse activement à Félix Leclerc et rêve de lui consacrer un spectacle depuis plus de dix ans. Pour mener son idée à terme, l’ancien propriétaire du Capitole de Québec a rencontré la fille du poète, Nathalie Leclerc, à l’île d’Orléans, afin d’obtenir son accord et de s’assurer que l’hommage respecte l’essence et la mémoire de son père.
Est-ce réussi ? Tout à fait ! Est-ce grand public ? C’est une question plus délicate.
« Félix, je me souviens » porte bien son titre : on fait le tour de sa vie dans les moindres détails, de son embauche à CHRC-Québec comme annonceur jusqu’à sa reconnaissance en tant que poète, auteur, compositeur et chanteur au Québec et en France. On lui accorde même la poussée des chansonniers comme Ferland, Léveillée ou Clémence au début des années 1960. Férus d’histoire, vous serez comblés. Toute la lumière est dirigée sur le cheminement de Félix Leclerc. C’est la seule vedette de cet hommage.
Ce qui est sublime dans cette production, c’est l’aspect visuel, qui met en images sa vie presque au quotidien. Dans les nombreux moyens techniques utilisés, on voit l’influence du multimédia à la Robert Lepage, ce qui n’est pas un reproche.

Les arrangements musicaux nous enveloppent magnifiquement, mais sont loin de la simplicité d’origine. « Le p’tit train du Nord », en version blues-jazz, ne m’a pas convaincu, mais autrement, les musiciens, sous la direction de Simon Leclerc, rendent un bel hommage à l’œuvre de Félix. « Le p’tit bonheur », « Moi, mes souliers », « L’alouette en colère », « Le tour de l’île » : tout y passe, magnifiquement interprété par des artistes caméléons qui endossent plusieurs personnages.
Cela dit, « Félix, je me souviens » est une œuvre que je comparerais à un casse-tête très complexe. Des dizaines, voire des centaines de morceaux s’imbriquent les uns dans les autres sur une scène tournante et sur grand écran, proposés avec une fluidité qui étonne, grâce à des artistes, des acrobates et des techniciens qui gèrent le tout de main de maître. L’aspect technique est très impressionnant. On entend à de multiples reprises la véritable voix de Félix, mais les extraits les plus anciens ne sont pas toujours très clairs.
La grande question maintenant : « Est-ce grand public ? » Tout le monde peut s’y intéresser, bien sûr, particulièrement si vous avez un intérêt pour l’œuvre et l’impact du grand Félix sur notre société, mais son œuvre poétique et lyrique et, en deuxième partie, ses envolées nationalistes séduiront particulièrement les intellectuels engagés. On va voir du Robert Lepage parce qu’on sait à quoi s’attendre, mais le non-initié se perdra un peu dans les dédales techniques, et même de trompe-l’œil dans ce cas-ci, comme cette entrevue où Jean Maheux semble faire du lip-sync sur la vraie voix de Félix Leclerc. Et sa poésie n’est pas toujours simple. Il faut avoir l’esprit ouvert et recevoir le tout librement.
On sort du spectacle quand même impressionné par la grandiose trajectoire du « lièvre à deux pattes », qui nous a quittés le 8 août 1988 (08-08-88). Et pour le citer : « Quand il tombe, l’arbre fait deux trous. Celui dans le ciel est le plus grand. »
Interprètes et comédiens-chanteurs
Jean Maheux
Kathleen Fortin
Réginald Bellamy
Nicolas Drolet
Pierre-Olivier Grondin
Laetitia Isambert
Klara Martel-Laroche
Jean-François Poulin
Caroline Tanguay (comédienne et marionnettiste)
Artistes de cirque
Colin André-Heriaud
Philippe Normand-Jenny
Concepteurs et équipe de création
Mise en scène : Martin Genest
Idéation et production : Jean Pilote
Direction musicale : Simon Leclerc
Textes : Jean-Philippe Lehoux
Conseil artistique : Louis Tremblay
Photos : Sébastien Jetté
![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)





























































