Ludovico Einaudi a une fois de plus ensorcelé Montréal hier soir, transformant la Maison symphonique en un sanctuaire suspendu hors du temps. Sous un éclairage épuré, un simple piano trônait sur scène : le maestro est venu s’y asseoir pour présenter son programme Solo Piano.
Délaissant son ensemble habituel, Einaudi revenait ici à la pureté de l’instrument avec lequel tout a commencé. Ses notes minimalistes et cinématographiques ont trouvé un écrin idéal dans l’acoustique irréprochable de la salle, où la réverbération naturelle épousait la moindre nuance de son jeu.
Le public, lui, était magnifique : belles robes, tenues scintillantes, velours… Tout le monde s’était mis sur son trente et un pour ce concert unique. Un beau mélange de générations, aussi, avec même quelques jeunes adolescents dans la salle.
Dès les premières notes, le compositeur a tissé une toile sonore d’une pureté rare. Ses motifs répétitifs caractéristiques ont empli la salle comble sans le moindre artifice théâtral. Chaque mélodie sonnait comme une confidence, guidant l’auditoire dans un voyage introspectif.
De Turin aux scènes du monde
Né à Turin en 1955, initié à la musique par sa mère pianiste, Ludovico Einaudi a étudié la composition au Conservatoire de Milan auprès d’Azio Corghi, puis de Luciano Berio. En 1982, une bourse le mène au festival de Tanglewood, où sa découverte du minimalisme américain oriente profondément sa sensibilité. Après avoir composé pour le ballet, le théâtre et l’orchestre, et s’être produit à La Scala, à l’Ircam et au Lincoln Center, il s’est tourné vers le dépouillement, cherchant la plus grande intensité expressive avec le moins de moyens.
En trois décennies, il est devenu l’artiste classique contemporain le plus écouté au monde, porté par le cinéma, la télévision et des tournées internationales. Du Royal Albert Hall au Barbican, jusqu’à l’océan Arctique où il a joué sur une plateforme flottante pour Greenpeace, il n’a cessé de porter sa musique aux quatre coins du globe.
Le voyage des œuvres et la force d’Experience
Le concert a pris la forme d’un florilège de son œuvre : des pièces fondatrices comme Le Onde, Nefeli et Melodia Africana III, aux mélodies chéries du public que sont I Giorni, Una Mattina et Nuvole Bianche, en passant par Memory One, In un’altra vita, Monday, Jay, Birdsong, Adieux et l’atmosphérique Berlin Song.
Le point culminant est venu avec les premières notes d’Experience, saluées par des applaudissements émus. Portée par un crescendo implacable, la pièce s’est déployée comme une marée montante, tenant le public dans un même souffle. D’un motif simple, Einaudi a bâti une véritable cathédrale sonore — une catharsis collective.
Longue ovation et rappel
À la fin, la salle s’est levée d’un bloc pour une longue ovation. Touché, le maestro est revenu offrir en rappel Nuvole Bianche, d’une infinie délicatesse. Une soirée d’une rare intensité qui confirme que ce rythme méditatif et évocateur continue de faire d’Einaudi un phénomène mondial de la musique classique contemporaine.
Maison symphonique, Place des Arts — https://www.placedesarts.com/salle/maison-symphonique
![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)





























































