Il y a vingt-cinq ans, bien avant que le dialogue interculturel n’occupe la place qu’on lui connaît aujourd’hui dans le milieu artistique, Oktoecho faisait déjà de la rencontre entre les cultures le cœur de sa démarche. Fondé en 2001 par la compositrice et directrice artistique Katia Makdissi-Warren, l’ensemble montréalais réunit des artistes issus de traditions musicales qui, à l’époque, se croisaient rarement : musiques du Moyen-Orient et de l’Occident, musiques des Premières Nations et inuites, et bien d’autres encore.
Nous recevons justement Katia dans notre salon virtuel pour parler de ses nouveaux projets et de cette démarche unique qui continue de faire résonner ici les musiques du monde entier.
Jacqueline : Katia, c’est un plaisir de t’avoir avec nous. On se connaît déjà un peu, mais peux-tu te présenter brièvement ?
Katia : Je m’appelle Katia Makdissi-Warren, je suis compositrice libano-québécoise. En raison de mes origines, je cherche à créer dans mes œuvres une rencontre entre les musiques du Moyen-Orient et celles de l’Occident. Depuis presque 20 ans, je travaille aussi avec les musiques autochtones, inuites, des Premières Nations et métisses. Je collabore notamment avec des artistes métis de l’Alberta, des Inuits, des Inuvialuit et plusieurs autres communautés. C’est sublime, ça me touche profondément et je trouve ça musicalement passionnant.
Jacqueline : Parle-nous de ce qui s’en vient.
Katia : Il y a plusieurs beaux projets en ce moment. Le premier, c’est un concert conjoint avec l’Orchestre classique de Montréal, sous la direction d’André Féhère, avec les musiciens d’Oktoecho, pour mettre de l’avant la couleur moyen-orientale.
Il y aura trois solistes :
- Didem Başar au kanoun ;
- Binaz Çelik au kemenché d’Istanbul (il en existe plusieurs sortes) ;
- Étienne Lafrance, qui joue à la fois à l’Orchestre classique de Montréal et dans Oktoecho.
J’ai composé pour Étienne un concerto pour contrebasse d’une vingtaine de minutes. C’est un grand bonheur d’écrire pour quelqu’un qu’on connaît et qu’on aime depuis près de 30 ans. Il y aura aussi des percussionnistes et un pianiste d’Oktoecho.
Le programme comprendra mes compositions, ainsi que des œuvres d’autres compositeurs québécois comme Anthony Rozankovic, deux pièces de Didem Başar et une œuvre d’un remarquable compositeur turc.

Jacqueline : Il y a là des instruments que je ne connais pas du tout, comme le kanoun et le kemenché. Ça ressemble à un clavecin, à une harpe ?
Katia : Le kanoun peut y faire penser, oui. C’est un instrument du Moyen-Orient, qu’on écrit « qanun » du côté arabe et « kanun » du côté turc. C’est une table d’harmonie portative qu’on pose sur les genoux, traversée de nombreuses cordes qu’on peut accorder en direct et qu’on pince à l’aide de petites bagues.
Le kemenché, lui, est un tout petit violon qui se joue lui aussi sur les genoux. On en trouve dans de nombreux pays du Moyen-Orient, mais celui de Binaz est typique d’Istanbul. Il n’a que trois cordes et, plutôt que d’appuyer dessus comme au violon, on exerce une pression latérale sur le côté de la corde.
Jacqueline : D’où est venue l’idée de ce concert ?
Katia : Ce sont des pièces que nous avions déjà jouées avec Oktoecho et notre petit orchestre à cordes. L’Orchestre classique de Montréal nous a contactés pour savoir si nous pouvions remonter le projet. C’est donc l’orchestre qui a eu l’idée de cette belle rencontre entre le Moyen-Orient et l’Occident.
Jacqueline : Et deux jours plus tard, vous avez un autre concert, n’est-ce pas ?
Katia : Oui, le 7 novembre, nous serons à Rimouski avec l’Orchestre symphonique de l’Estuaire, sous la direction de Léa Moisan-Périer. Ce sera un univers complètement différent, beaucoup plus autochtone, avec la pièce Chorus Nunavik Brest, qui réunit deux chanteuses bretonnes et deux chanteuses inuites.
Jacqueline : Dernière question : d’autres projets après ces deux concerts ?
Katia : Oui, nous partons ensuite en tournée au Pays basque espagnol, toujours en novembre. On a très hâte.
Jacqueline : Merci beaucoup, Katia, et bon concert.
Katia : Avec grand plaisir.
Oktoecho et l’Orchestre classique de Montréal — 5 novembre, salle Pierre-Mercure, 19h30 – billets

























![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)




















