Il y a des jours où les astres s’alignent pour nous offrir de grands bonheurs, et ce fut le cas avec le spectacle de Marie-Élaine Thibert au Caf’Conc’ du Marriott Château Champlain, cette salle mythique non accessible au public pendant 35 ans, et qui a retrouvé sa vocation depuis plus de 6 mois maintenant. Réglons une chose une fois pour toutes, puisque de multiples façons de nommer Caf’Conc’ se font entendre. On m’a confirmé qu’il fallait prononcer « Cafconsse ». C’est un diminutif de café-concert.
D’entrée de jeu, à notre table dans cette magnifique salle de 200 places, se trouvait le photographe de LesArtsZe, Georges Dutil, un photographe légendaire et créateur numérique, actif depuis plus de 50 ans. Il a réalisé les pochettes d’albums d’une trentaine d’artistes québécois et a contribué à des dizaines de magazines et journaux artistiques. C’est surtout un passionné qui a toujours, visiblement, un malin plaisir à pratiquer son métier quotidiennement. Son ouverture d’esprit lui a appris à s’intéresser autant à Loreena McKennitt qu’au phénomène de l’heure, Angine de Poitrine, et il fallait le voir s’imprégner de la voix et des succès francophones que nous ont servis Marie-Élaine Thibert et son excellent pianiste, Philippe Turcotte.
Marie-Élaine Thibert s’est fait connaître du grand public en 2003 lors de la première édition de l’émission Star Académie. En fin de semaine, elle nous a conviés à un 90 minutes piano-voix. Malgré sa formule réduite, ce qui en fait une expérience unique et très personnelle est le fait que nous percevons l’artiste dans sa fragilité, sous chacune de ses sensibilités, puisqu’elle ne s’appuie que sur son complice musicien Philippe Turcotte, qui l’alimente avec aplomb de la première à la dernière minute.

Dans sa splendide robe noire aux manches vaporeuses, arborant une fleur de lys bien en vue sur son avant-bras droit, on la sent d’abord fébrile, mais l’approbation du public se manifeste rapidement, et ce, à travers une succession de très grands succès francophones, d’Édith Piaf en passant par « Le ciel est à moi » de Stéphane Venne, qu’elle salue avec considération, lui qui a réalisé son premier album éponyme en 2004 qui s’est vendu à 350 000 exemplaires.
Il avait même affirmé à l’époque que de la cohorte de Star Académie, c’était la seule candidate pour qui il avait envie d’écrire. Être en mesure de nous interpréter le grand et inclassable classique de Claude Gauthier, « Le plus beau voyage », comme si c’était le sien, est en soi un tour de force.
À la suite de la sortie de son 9e album, « 11 bis, rue d’Orchampt », l’an dernier, un opus entièrement consacré au répertoire de Dalida, une grande partie du spectacle lui est consacrée, qui inévitablement nous ramène dans des zones du passé tellement joyeuses et réconfortantes qu’on en voudrait encore et encore.
On a eu droit à un moment cocasse lorsqu’elle a invité Guillaume Lamothe, connu sous le nom de drag-queen Crystal. Marie-Élaine annonce qu’elle prend une pause et quitte la scène, laissant Crystal entamer seule un autre succès de Dalida, en lipsync. On se rend vite compte que c’est Marie-Élaine qui chante, cachée en coulisse. C’était savoureux.
Comment conclure une rencontre avec son public de façon plus spectaculaire qu’avec « La quête » de Jacques Brel, tout en richesse et en puissance ? On réalise que Marie-Élaine Thibert fait partie de ces quelques voix qui font partie d’un écrin de diamants qui fait scintiller un Québec de ressources rares.
Photos : ©Georges Dutil


























![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)



















