Le récital du violoncelliste Michiaki Ueno à la Salle Bourgie a attiré le triple de spectateurs que celui offert, au même endroit, le 2 octobre dernier, soit un superbe récital de Sélim Mazari (piano) et Fedor Rudin (violon) recensé dans nos pages.
Même si Chiharu Shiota, soit une visite d’une exposition d’inspiration japonaise au musée, était combinée au récital de Ueno avec une gracieuse coupe de vin, sur le plan musical pur et simple, c’était plus que particulièrement réservé aux initiés ou à une foule de privilégiés inspirés pouvant entendre ou percevoir l’équivoque de l’imperceptible beauté.
Création contemporaine
Notre erreur est de s’imaginer que les fragments de phrases sonores, en ébauche d’apparente improvisation, doivent évoquer une espèce de quintessence japonaise alors que l’interprète tente de résoudre le « comment écrire avec un instrument importé d’Europe une musique qui puisse néanmoins être profondément japonaise » (notes du programme musical de la soirée).
Science musicale infuse
Tout au contraire de notre incrédulité, pour nous instruire ainsi nous avions la joie de nous tourner vers les notes de programme qui offraient clairement des pistes de discernement face au grand air de science musicale infuse que l’interprète, dès qu’il entre en scène, se compose au sein de son propre univers d’ingéniosité.
Il est indiscutable que l’interprète s’entend surtout lui-même projetant un son d’exceptionnalité : « le récit chanté du tayu et un puissant shamisen à long manche (…) les pizzicati, souvent fortement articulés, évoquent le caractère percussif du shamisen ; les glissandi et portamenti donnent au son une inflexion vocale. »
Dépaysements expliqués
Le non-initié écoute tout ce récital et s’interroge sur le grand décorum de ce qu’il entend pour ne trouver d’élucidation minimale qu’aux notes de programme : « Le discours semble se construire par expansions et contractions de cellules mélodiques, avec une attention particulière portée à la résonance du registre grave et à la densité variable du son (…) un état de concentration : le geste musical devient invocation, dont les silences participent pleinement à la construction du discours. » (notes de programme)
Vocalité abstraite
Comme il n’y a pas vraiment de chant et qu’on cherche inutilement, les notes nous éclaireraient davantage dans une salle moins plongée dans la plus totale obscurité : « le mot chant ne signifie pas ici nécessairement une mélodie chantée, mais plutôt une vocalité abstraite. » (notes de programme)
Les compositeurs japonais contemporains présentés à ce récital dans ce contexte s’élucident manifestement une logique : « Hosokawa décrit souvent sa musique comme une calligraphie de l’espace et du temps : les attaques deviennent des coups de pinceau, tandis que les silences et les résonances dessinent l’espace autour du geste. Les brusques gestes d’archet, les glissandi aigus et les extinctions progressives du son font de l’écoute elle-même le véritable sujet de l’œuvre. » (notes de programme)
Microtonalités et silences
Ce que le cerveau du mélomane veut décortiquer devrait ressembler à la distinction de ces éléments épars : « les inflexions microtonales, les trilles du timbre, les harmoniques et les changements dynamiques évoquent les sonorités des flûtes japonaises traditionnelles, notamment le shakuhachi et les flûtes du nō. » (notes de programme)
Il existe un univers tel, à ce qu’il semble, et surtout un public qui apprécie ces raffinements, car il y investit une ample imagination et des vues très larges voire un horizon extrêmement orienté de perceptions extra-sensorielles hors du commun. J’y ai réussi à m’ouvrir, un valeureux petit peu à l’audacieux…
INTERPRÈTE
Michiaki Ueno, violoncelle
PROGRAMME
MAYUZUMI – Bunraku
MATSUMURA – Air of Prayer
Dai FUJIKURA – Uzu
Toshio HOSOKAWA – Small Chant
TAKEMITSU – Air
Madoka MORI – Phoenix
Programmation de la Salle Bourgie.
![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)




























































