Sur la scène d’Usine C, où se tenait la première montréalaise de Qui a tué mon père, il n’y a pas de place pour la demi-mesure ou l’artifice : il y a l’urgence. Portée par la mise en scène rigoureuse de Thomas Ostermeier, figure incontournable du théâtre international et directeur artistique de la prestigieuse Schaubühne de Berlin, cette adaptation se transforme en un procès implacable et bouleversant.
Qui a tué mon père est avant tout un soliloque : un fils se rend dans l’appartement paternel. Assis sur une chaise, le père n’est plus qu’un corps usé, le reflet tragique d’une classe ouvrière broyée par la précarité dans une région défavorisée de la France contemporaine.
En s’adressant à lui, le narrateur fait surgir des éclats de souvenirs pour tenter de comprendre comment son père, pourtant encore jeune, a pu sombrer dans un tel délabrement.
Sociologue de formation et auteur des romans marquants En finir avec Eddy Bellegueule et Histoire de la violence, Édouard Louis qu’on a vu à l’émission Tout le monde en parle dimanche dernier, a longtemps éprouvé une répulsion profonde envers ce père violent, alcoolique, conservateur, dont les éclats homophobes ont traumatisé sa jeunesse. Pourtant, face à ce corps brisé, la colère se métamorphose en compassion.
Et la force absolue de cette représentation réside en son auteur même : Édouard Louis monte sur les planches pour porter sa propre parole. Loin du jeu théâtral classique, son interprétation est d’une frontalité viscérale; il incarne physiquement le combat d’un fils face au naufrage de son géniteur.
La pièce se déroule à un rythme mesuré et tendu, pour culminer en une violente condamnation des dirigeants français tels que Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron, dont les politiques d’austérité ont méthodiquement détruit le corps et l’esprit du père.
Ce n’est pas seulement un père qui peut briser un avenir,
mais tout un pays
Entre rage autobiographique et manifeste politique, le spectacle opère un déplacement littéraire magistral où l’intime rencontre le politique, nous rappelant avec force que ce n’est pas seulement un père qui peut briser un avenir, mais tout un pays : une patrie tout entière.
Qui a tué mon père est plus qu’un règlement de comptes personnel ou un simple manifeste politique : c’est un véritable triomphe de la forme et du fond.

En fusionnant l’intimité brute d’Édouard Louis avec la précision de la mise en scène de Thomas Ostermeier, le spectacle transcende la douleur individuelle pour toucher à l’universel. C’est une œuvre nécessaire et inoubliable, qui résonne longtemps après le salut final et nous rappelle de ne jamais détourner le regard face aux ravages que les systèmes politiques infligent aux corps.
À la fin, je sors bouleversée par le message de ces deux artistes vraiment engagés. Avec une empathie troublante, ils me font ressentir la détresse de ces gens de la marge, oubliés au point de devenir invisibles. C’est du grand art.
À voir absolument!
6 → 8 octobre | En français, surtitré en anglais et en allemand
9 → 11 octobre | En français
Vendredi 9 octobre | Discussion après spectacle avec Édouard Louis, animée par Angela Konrad
https://usine-c.com/spectacle/qui-a-tue-mon-pere
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![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)





























































