Rares sont les œuvres qui parviennent à faire résonner la force du groupe avec autant de justesse. Avec Tupqan (« terre » en langue wolastoqey), la création collective trouve son expression la plus puissante, la plus viscérale. Actuellement sur la scène de chez Duceppe, ce spectacle (mise en scène de Soleil Launière) s’érige comme un monument de collaboration, où chaque sensibilité vient nourrir un brasier commun. C’est un choc artistique total qui redéfinit radicalement l’art du « faire-ensemble ».
Un événement historique pour les 40 ans d’Ondinnok
Pour célébrer quatre décennies de résistance et de création, la compagnie Ondinnok a orchestré une alliance sans précédent avec les compagnies Menuentakuan et Auen. Ensemble, ils rassemblent des artistes issus de sept nations autochtones pour une œuvre-manifeste d’une rare intensité, pulvérisant les genres traditionnels.

Whitefish : Un thriller intime aux racines profondes
L’intrigue nous plonge à Whitefish, une communauté fictive étouffée par un chef corrompu. C’est ici que Polam (interprété avec une vulnérabilité brute par Étienne Thibault), un entrepreneur en construction innu, décide de briguer la chefferie pour offrir un monde meilleur à ses concitoyens. Mais son ascension se heurte à un fantôme du passé : son frère, Will.
Il y a 30 ans, Will a disparu en emportant avec lui le trésor le plus sacré de la communauté : le wampum. Cette ceinture de perles et de coquillages, pacte séculaire entre les peuples, est devenue le symbole d’une blessure ouverte. Accusé par ses détracteurs d’appartenir à une lignée de voleurs, Polam s’engage dans une promesse impossible : retrouver l’objet et l’homme dont personne n’a eu de nouvelles depuis trois décennies.
Une quête chorale et mystique
En quête de ses racines, Polam collectionne les fragments de son identité au fil de ses rencontres. Il croise notamment une spécialiste de l’art autochtone (Sharon Fontaine Ishpatao) et son père (Kevin Deer), passeurs de mémoire, ainsi qu’une artiste excentrique campée par la vibrante Sylvie Drapeau, souvent soulignée pour sa capacité à naviguer entre la vulnérabilité et une énergie débordante. Elle donne à ce personnage touchant et mystérieux, une profondeur humaine qui évite la caricature de l’artiste « perchée ».
Autour d’eux, Alexia Vinci, Saulnia Jean-Pierre, Ines Talbi et Jeanne Moreau-Vollant complètent avec éclat cette distribution à la force organique. Une ‘équipe de rêve!

Une métamorphose transcendante
La force de Tupqan réside dans ce glissement magistral du thriller politique vers le spirituel. Ce qui débute comme une stratégie électorale se transforme en une odyssée intérieure bouleversante. Lorsque la ceinture perlée lui apparaît en songe, le récit bascule dans une dimension mystique où le territoire n’est plus seulement physique, mais devient le miroir de l’âme.
Plus qu’un objet de scène, le wampum est traité ici comme un document diplomatique vivant. Sa perte est une rupture ; sa recherche, une guérison collective nécessaire pour restaurer l’honneur d’un peuple. Tupqan est une œuvre nécessaire, intelligente qui prouve que le théâtre est encore le plus beau lieu pour panser les plaies de l’histoire.
Note pratique :
⏳ Durée : 1h40 (sans entracte).
✊ Tarifs réduits disponibles pour les personnes s’identifiant comme Autochtones.
📅 Jusqu’au 4 avril.
🔗 Billets : duceppe.com/tupqan
Photos : Danny Taillon.




























































