Il y a des soirs où tout s’aligne, où l’on sent dès les premières notes que quelque chose de spécial est en train de se produire. La rentrée montréalaise de Vincent Vallières au MTELUS(Metropolis) en faisait clairement partie. Salle comble, public conquis d’avance, mais surtout un artiste en pleine possession de ses moyens, porté par l’élan de son nouvel album Les saisons, Les secondes.
Dès les premières chansons, Le temps passe et Café Lézard, le ton est donné. Ceux qui avaient vu Vallières en solo lors de sa dernière tournée ont pu constater à quel point cette nouvelle formule, entourée d’un véritable “all-star band”, amplifie sa musique. La présence d’André Papanicolaou, Jay Essiambre, Amélie Mandeville et Salomé Leclerc apporte une richesse sonore et une énergie rock qui donnent une nouvelle vie à son répertoire.
Mais au-delà de la puissance, c’est l’émotion qui frappe le plus. Dessine-moi prend une dimension toute particulière avec l’arrivée sur scène de sa fille, Lili-Rose Vallières. Leur complicité est évidente, leurs voix s’entrelacent avec une douceur désarmante. Le public, visiblement touché, lui réserve une ovation spontanée. Elle reviendra d’ailleurs au rappel pour interpréter Lili, une chanson déjà chargée d’émotion depuis sa découverte en pleine pandémie.
Autre moment fort : L’avenir est plus proche qu’avant, où Vallières retrouve un complice de longue date, Michel-Olivier Gasse, venu spécialement de Val-d’Or. Ces instants de retrouvailles, sincères et sans artifices, donnent au spectacle une chaleur humaine rare.
Et puis il y a On va s’aimer encore. Déjà un classique, la pièce atteint ici un autre niveau grâce à l’apport du Quatuor ESCA. Les cordes enveloppent la chanson d’une intensité nouvelle, transformant ce moment en véritable suspension dans le temps.
Personnellement, j’ai été particulièrement marqué par OK on part, sans doute l’un des passages les plus rock de la soirée, ainsi que par la solidité de L’avenir est plus proche qu’avant, qui prend toute son ampleur sur scène. À l’inverse, des moments plus calmes comme Repère tranquille, portés par les harmonies d’Amélie et Salomé, rappellent à quel point Vallières sait jouer avec les nuances.
La mise en scène signée Inès Talbi, avec le travail de script de Christine Beaulieu, apporte une cohérence narrative au spectacle. Les monologues, parfois drôles, parfois touchants — notamment celui entourant Asbestos, livré en parlant de sa fille Marie enrichissent l’expérience sans jamais l’alourdir.
Ayant suivi Vincent Vallières depuis ses débuts dans de petites salles parfois à moitié vides, dans les Maisons de la culture, sous la pluie des FrancoFolies ou encore lors de prestations surprises à minuit, je peux dire sans hésiter que ce spectacle marque un sommet. Ce que l’on a vu jeudi soir, c’est un artiste accompli, entouré de ses amis, heureux d’être là et pleinement connecté à son public.
Un concert généreux, vibrant, profondément humain. De ceux qu’on ne veut pas manquer.
Note : 10/10































































