Il est arrivé sur la scène du Théâtre Maisonneuve en esquissant quelques pas de danse, porté par le rythme contagieux du Tijuana Brass. Déjà installés, les six musiciens d’exception qui l’accompagnent donnaient le ton. À 91 ans, l’incandescent Herb Alpert possède encore ce swag magnétique qui vous happe instantanément, vous plaque un sourire indélébile au visage et ne vous lâche plus.
Pendant près de deux heures d’un concert d’un seul souffle, sans entracte, sa célèbre trompette a fait swinguer nos mémoires. De The Lonely Bull à Whipped Cream, en passant par Spanish Flea et A Taste of Honey, Alpert a égrené ces succès planétaires qui ont pris le monde d’assaut dans les années 60.
Un voyage musical temporel qui s’est étiré jusqu’aux années 80 avec la magnifique Rise, pour culminer en 2014 pour son album At This Time qui lui a valu un Grammy. Dans la salle, les générations s’entremêlaient ; mon propre père en était un adepte inconditionnel, et l’émotion de retrouver ces bandes-son de notre enfance était palpable.
Si l’icône du jazz a déposé ses valises à Montréal, c’est dans le cadre d’une grande tournée américaine qui se poursuivra jusqu’en octobre.
Élégamment vêtu d’un complet bleu, assis sur un tabouret surélevé, tout en dirigeant son Tijuana Brass, Alpert égrène ses souvenirs d’une voix chaleureuse. Il distille des anecdotes hilarantes, notamment celle qui l’a amené, un peu malgré lui, à poser sa voix sur la sensuelle This Guy’s in Love with You, née de sa complicité avec son grand ami Burt Bacharach. « Un succès totalement inattendu », nous confiera-t-il avec une touchante humilité. Au fil des morceaux, il convoque les fantômes bienveillants de ses illustres contemporains : Sergio Mendes, Louis Armstrong ou encore les Carpenters.
Derrière l’orchestre, un écran géant projette des archives vidéo rétrospectives. On y redécouvre le musicien dans sa jeunesse : non seulement l’homme était d’une beauté remarquable, mais il irradiait un charisme exceptionnel, squattant tous les plateaux de télévision de l’âge d’or américain. Magnifique idée : ces fragments de passé s’entrelacent avec des images de ses propres peintures modernes, révélant un artiste total, aussi habile avec les pinceaux qu’avec l’embouchure de sa trompette.
Les moments de grâce se sont enchaînés : Casino Royale, Smile, What Now My Love, sans oublier un mémorable Zorba the Greek, revisité devant les images mythiques d’Anthony Quinn esquissant sa danse classique.
Dans un salle de spectacles sans doute parsemé de musiciens venus saluer le maître, celui-là même qui arbore son étoile sur le Hollywood Walk of Fame et qui incarne le succès absolu depuis plus de six décennies, on sentait flotter un respect immense. Plus qu’une ovation, c’était un élan de gratitude pour un monument de la musique qui, à 91 ans, continue de souffler la joie.
Site web de Herb Alpert : Herb Alpert





























































