Au bénéfice du chanceux public et de ces quatorze jeunes talentueux musiciens invités à intégrer son vibrant ensemble symphonique, l’OSM et son chef ont offert un concert à jamais inoubliable mercredi soir 15 avril : une déchirante septième symphonie de Dimitri Chostakovitch qui a patiemment su raviver la mémoire des 900 jours du siège de Leningrad (1941-1945, aujourd’hui Saint-Pétersbourg).
Ce fut une célébration fulgurante et multisensorielle des résistances civiles et militaires soviétiques où la Maison Symphonique frémit de toute sa chair réverbante.

Une bouleversante écoute déchirante
Le premier mouvement comportait toutes les couleurs de la paix bouleversée par l’envahisseur, tous les remuements de la vigilance en survie: hurlèrent bientôt toutes les menaces délétères.
La foule montréalaise écouta ainsi, avec recueillement et émotion, observant le surgissement vaillant du résistant: elle fut emportée de rythmes militaires obstinés (ostinatos percussifs constants) , puis d’évocations lyriques grâce à l’émouvante beauté mélodique de l’accalmie soudaine du second mouvement rappelant le souvenir de la paix bucolique.
Une finale triomphale
Les veinards élèves montréalais choisis (mentionnés ci-dessous), postés judicieusement aux pupitres se voyant confiés à tour de rôle d’importants soliloques ont entendu briller nos solistes de chaque pupitre et les ont secondés.
Il faudrait trois pages pour les souligner tous ici, de la clarinette (Ryan Toher) à la flûte (Timothy Hutchins) en passant par les cors (Catherine Turner) les trompettes (Paul Merkelo) mais aussi les bassons, toutes les percussions, timbales, harpes, violoncelles, impossible avec justice de nommer tous les artisans de cet exploit. Mes excuses d’en passer tant sous silence.
La clameur de la foule à la libération des tensions des dernières mesures survoltées aura concocté une ovation debout sans précédent ou égalant au moins celles des légendaires années 80, une espèce de résurrection.

Oeuvre d’une actualité affolante
À point nommé, la présidente et cheffe Mélanie La Couture avait fait allusion en début de soirée à ce que nous vivrions: car rarement un triomphe extatique par-delà la décimante famine, la désolation des bombardements indifférenciés, la destruction psychologique causée par les agressions d’une armée démente d’irrédentisme ne furent plus d’actualité pour nous qui suivons au quotidien tous les infâmes à l’oeuvre en nos jours périlleux .
Un préambule Beethoven
Tout cela pour dire que la si bien conçue et disposée huitième symphonie du grand Beethoven exécutée à la perfection n’aura été qu’un préambule réglé au quart de tour, servie en amuse-gueule au cours d’une soirée de pur sacre pour Rafael Payare.
Voilà un chef méritoire par la seule musique inscrite et respectée en ses achèvements authentiques, loin des arguties intellectuelles omettant ceci ou imposant tel accoutrement sulfureux par caprice.
Tout y était dans ce Beethoven savoureux et ironiquement enjoué scintillant comme un condensé des 107 brillantes symphonies du paternel Joseph Haydn l’ayant jadis pris sous son aile.
Hommage à l’Ange Rafael
Au terme d’une soirée chavirante d’émotions musicales à faire frissonner tout mélomane du rappel de la terreur vaincue par la résistance soviétique au nazisme, tous les musiciens de l’orchestre, sans exception, ont rendu l’hommage sincère indubitable à ce modeste, humble Rafael Payare séraphique: un touchant respect, une pure admiration du coeur envers ce directeur musical, soit leur pleine collaboration chaleureuse et sans retenue.
Question stature, je dirais sans exagérer que nous avons eu un rendement à la Yevgeny Mravinsky, rien de moins.
Agir en présence par la seule musique
La programmation de l’an prochain (laquelle nous détaillerons amplement bientôt) offre une autre preuve que le bonheur actuel des directions artistiques, stratégiques ou administratives de même que celle des musiciens de notre ensemble placent Payare au zénith de la direction d’orchestre au pays. Et, forcément, l’OSM s’élève toujours plus haut avec cet humble talent.
Orchestre symphonique de Montréal
Œuvres
Ludwig van Beethoven, Symphonie no 8, op. 93 (26 min)
Entracte (20 min)
Dmitri Chostakovitch, Symphonie no 7, op. 60, «Leningrad» (69 min)
Artistes
Rafael Payare, chef d’orchestre
Dans l’oeuvre de Chostakovitch, l’OSM sera joint par des étudiant·es en interprétation issu·es d’institutions d’enseignement supérieur, dans le cadre du projet Immersion orchestrale. Ce programme est rendu possible grâce au soutien d’Ann Birks ainsi que de Tom Wilder, fondateur de Wilder & Davis luthiers.
Les étudiant·es
Henry Baker, trompette**
Adrien Faucher-Thibault, percussions*
Juliette Fortier, cor*
Maya Hilke-Stolle, violon**
Grantham Kane, violoncelle**
Flavie Lacoste, hautbois*
Luc-André Larose, violon***
Haolin Liu, basson*
Elizabeth Martinez Ramirez, alto***
Alicia Miguelez, harpe*
Erin Sercel, clarinette**
Layla Sieun Park, violon**
Yosra Zaazaa, trombone ténor*
Jin Dong Zhao, flûte*
* Conservatoire de musique de Montréal
** École de musique Schulich de l’Université McGill
*** Faculté de musique de l’Université de Montréal
Photos : Antoine Saito




























































