Cette semaine, l’ambiance est électrique dans les studios de École de danse contemporaine de Montréal. Entre deux répétitions intensives, j’ai eu la chance de m’entretenir avec Nora Paquet et Oleksiy Kioresku, deux danseurs-élèves de 2e année, passionnés de l’École de danse contemporaine de Montréal (EDCM) qui prendront part au spectacle Évasion. Alors qu’ils s’apprêtent à monter sur la scène de Tangente, ils nous ouvrent les portes de leur processus créatif et de leur vision de la danse!
Jacqueline : Cette semaine semble être un moment charnière pour vous. Nora, « ladies first », peux-tu nous expliquer ce qui se passe actuellement ?
Nora Paquet : C’est une semaine très spéciale : c’est notre semaine de spectacle. Nous présentons deux pièces d’environ 15 à 20 minutes chacune, sur lesquelles nous travaillons d’arrache-pied depuis quatre mois. Grâce au diffuseur Tangente, en collaboration avec l’EDCM, nous avons l’opportunité de performer devant un public du 13 au 16 mai.
Au programme : Vena Cava de Christopher House et une création intitulée Évasion d’Ethan Colangelo. C’est l’aboutissement d’un long processus.

Jacqueline : Peux-tu nous donner un avant-goût de cette pièce, « Évasion » ?
Oleksiy : Bien sûr ! Évasion s’inspire d’une œuvre qu’Ethan Colangelo a créée pour la compagnie NDT2 aux Pays-Bas l’hiver dernier. Même si la base existe, Ethan a continué sa recherche chorégraphique avec nous pour en faire une quasi-nouvelle création.
C’est une pièce très complexe qui explore trois états de corps distincts : les implosions, les forces extérieures et l’état méditatif. Ethan aime travailler dans les extrêmes. Dans un monde où il est parfois difficile de garder l’attention des gens, cette pièce est parfaite : elle change constamment, elle voyage d’un extrême à l’autre. C’est très libérateur visuellement, mais derrière cette liberté apparente, il y a une structure mathématique rigoureuse et énormément de comptes à respecter.
Jacqueline : On sent que la technique est exigeante. Comment gérez-vous cette complexité ?
Nora Paquet : Les deux pièces de cette session sont extrêmement musicales. Le défi pour notre cohorte a été d’écouter le groupe, de s’entendre et de maintenir exactement le même tempo. Mais cette semaine, nous avons franchi une étape : les comptes font désormais partie de notre corps. Nous nous sentons enfin libérés de la technique pour laisser place à la gestuelle pure.
Jacqueline : D’un point de vue personnel Oleksiy, pourquoi danses-tu ? Qu’est-ce qui te pousse à infliger ces extrêmes à ton corps ?
Oleksiy: (Rires) C’est une question immense ! On nous dit souvent que si on n’aime pas viscéralement la danse, le processus est trop difficile pour tenir le coup. Personnellement, je suis quelqu’un de très émotionnel depuis l’enfance. Verbaliser ce que je ressens n’est pas toujours facile pour moi.
La danse est devenue mon langage, une manière de communiquer plus efficacement qu’avec les mots. Ça va peut-être sonner un peu « quétaine », mais c’est sur scène ou en studio que je me sens le plus intensément en vie. C’est une introspection vulnérable et détaillée que je ne retrouve nulle part ailleurs.
Jacqueline : Fascinant ! Je ressens souvent cela en tant que spectatrice : quand un artiste est investi, mon intérieur bouge avec lui. Et toi Nora, qu’est-ce qui t’anime ?
Nora Paquet : C’est exactement ça : le plus beau cadeau, c’est de faire ressentir quelque chose à celui qui regarde. Ce dialogue avec le public est précieux. Aujourd’hui, tout va trop vite, on ne vit plus vraiment de manière authentique. La scène est l’un des rares endroits où l’on est tous ensemble, dans le même espace, totalement ancrés dans le moment présent. C’est cette vibration qui m’allume.
Jacqueline : Merci infiniment à vous deux. J’espère que cette entrevue donnera envie aux lecteurs de venir partager cette énergie avec vous. Merde pour vos spectacles !
Photo : Maxime Côté



























































