Les Productions Belle Lurette offrent un spectacle grandiose avec «Chanson gitane», une opérette de Maurice Yvain. La qualité des chanteurs principaux et du chœur, les décors de qualité et les plus de 130 costumes contribuent à l’impressionnante production. J’ai assisté hier à la répétition générale et on a eu droit à tout un spectacle, avec des numéros entraînants et une belle touche d’humour. Le spectacle est présenté du 23 au 25 octobre (voir détails plus bas pour les billets).
Écrite dans les années 1940, l’histoire débute chez la Comtesse de Gemmeries, qui reçoit la Duchesse de Berry. Son fils Hubert tente de chasser un groupe de gitans de leurs terres, mais tombe amoureux de Mitidika, l’une d’entre eux. Malgré l’opposition de leur chef Zarifi, les deux amoureux persistent. Frictions entre les familles et vol de bijou viendront compliquer les choses, mais l’histoire se terminera de façon heureuse.
Le spectacle marie la qualité vocale des solistes et du chœur à de beaux décors et costumes, le tout dans une mise en scène parfois déjantée et teintée d’humour. Avec 22 personnes sur scène, les scènes de fête sont particulièrement animées, d’autant que la musique de Maurice Yvain possède des accents latins entraînants. J’ai particulièrement aimé le campement gitan et la scène du cirque, où tous arrivent déguisés en clowns.
La mise en scène d’Étienne Cousineau contribue largement au résultat, notamment grâce aux nombreuses chorégraphies qui enrichissent le visuel. Le jeu parfois exagéré et le cabotinage de certains personnages s’accordent bien au genre et visent avant tout à nous faire rire.
Parmi les moments marquants de la mise en scène, «Au pas du petit poney» est très amusant, tandis que le rêve complètement fou de Mitidika, vers la fin, surprend. Quelques adaptations du texte permettent aussi de l’actualiser ou d’ajouter des touches d’humour.
Le sopraniste Étienne Cousineau, qui incarne la gitane Mitidika, est très en voix et se démarque par sa puissance, son caractère et sa présence scénique. Il sait aussi saisir les occasions de nous faire rire, sans chercher à masquer qu’il est un homme dans un rôle féminin : il conserve sa voix naturelle lorsqu’il parle, contrastant avec de beaux aigus en chantant. Il s’impose dès son entrée dans «La Zingarella».

Dans le rôle d’Hubert, Sylvain Paré chante la pomme avec sa belle voix de ténor, qui rappelle un peu le style de Luis Mariano. Ses petites notes très aiguës, tenues à la fin de plusieurs chansons, sont impressionnantes. Malgré son sérieux, il embarque volontiers dans le jeu de sa gitane pour mieux nous faire rire.
Cloée Morissette brille dans le rôle de la Duchesse, autant par son jeu que par sa magnifique voix de soprano aux aigus cristallins et précis et à l’agilité remarquable. Même au milieu des ensembles, sa voix se démarque nettement. Son interprétation de «Quand on attend trop longtemps» m’a particulièrement impressionné.

Dans le rôle de l’autre gitane Zita, Jessica Lessard, se fait aussi remarquer par sa voix de soprano. Son duo avec Jasmin «Caillou noir et caillou blanc» et plusieurs autres de ses chansons sont de beau moments musicaux.
Benoît Godard campe Zarifi, le chef des gitans, avec caractère et aplomb. Sa voix profonde, aux beaux graves, est toujours agréable à entendre. Son articulation permet de saisir chaque mot, même lorsque l’orchestre prend de l’ampleur. Il le démontre notamment dans son interprétation solo de «Jalousie», un tango accompagné d’une chorégraphie des gitans.

Difficile de nommer tous les autres rôles, tant ils sont nombreux, mais certains se démarquent. Philippe Courtemanche, dans le rôle de Jasmin, multiplie les pitreries pour faire rire le public, notamment avec sa marionnette et sa façon de piaffer à chaque mensonge. Jocelyne Cousineau est également savoureuse en Comtesse, grâce à son jeu et à son expressivité. Mentionnons aussi Jeannette Arsenault (Jeannette), Cassandre Careau (Philippe) et Tristan Roy (Nicolas).


Une des grandes forces du spectacle réside dans les numéros de groupe, presque tous chorégraphiés, dont les harmonies vocales enchantent l’oreille. Souvent très rythmés, ils donnent parfois envie de se lever pour danser avec les artistes.
Le nombre et la variété des costumes sont remarquables. Étienne Cousineau m’avouait lors d’une entrevue, il y a quelques années, que «Chanson gitane» était un pari risqué compte tenu de tous les costumes à prévoir. Il le remporte haut la main : les 130 tenues rivalisent d’élégance et les changements sont rapides. Chapeau notamment aux robes de bal, qui en mettent plein la vue.

Les décors, colorés et mis en valeur par des éclairages soignés, contribuent aussi à l’ensemble. On y trouve même une roulotte gitane pour le campement.
Un grand atout du spectacle : l’orchestre sous la direction de Maxime Dubé-Malenfant. Les trois musiciens (piano, contrebasse et percussions multiples) contribuent largement à la réussite du spectacle, avec un son bien équilibré. À noter aussi la présence de véritables timbales dans certaines chansons. Les interludes musicaux pendant les changements de décor sont également une excellente idée.
Malgré quelques longueurs au début, «Chanson gitane» est une œuvre magistrale que cette production met en valeur de multiples façons. Les voix, les costumes, l’orchestre et la mise en scène forment un tout divertissant, qui ravit autant les yeux que les oreilles. Je recommande ce spectacle, particulièrement aux amateurs de chant classique qui aiment aussi s’amuser.
Équipe de création
Production: Belle Lurette
Livret: André Mouézy-Eon
Musique: Maurice Yvain
Paroles: Louis Poterat
Mise en scène/Chorégraphies/Direction artistique: Étienne Cousineau
Direction musicale: Maxime Dubé-Malenfant
Décors: Télé Ciné Montréal, Opéra bouffe du Québec
Éclairages/Technique: Maude Serrurier
Costumes: Louise Dubois, Étienne Cousineau, Jocelyne Cousineau, Marie-Josée Corneau
Perruques: Marie-Josée Corneau
Distribution
Etienne Cousineau (Mitidika), Sylvain Paré (Hubert des Gemmeries), Jessica Lessard (Zita), Benoit Godard (Zarifi), Philippe Courtemanche (Jasmin), Cloée Morissette (Duchesse de Berry), Jocelyne Cousineau (Comtesse des Gemmeries), Jeannette Arsenault (Jeannette), Tristan Roy (Nicolas), Cassandre Careau (Philippe des Gemmeries), Sophie Pesant (Marquise de Dreux-Brézé), Bruno Cognyl-Fournier (Monsieur Loyal), Valentine Yvin (Cloc), Valérie Lavoie (Aubergiste), Éric Lamarche (Policier), Isabelle Baumann-Lenot, Pierre-Olivier Boudreault, Cassandre Careau, Bruno Cognyl-Fournier, Jacinthe Décarie, Mélissa Grenier, Éric Lamarche, Hubert Lamarre, Valérie Lavoie, Sylvie Lewis, Sophie Pesant, Jacinthe Therrien, Valentine Yvin.
Musiciens
Maxime Dubé-Malenfant, Nicolas Belpaire, Joseph Visseaux.
Maison des Arts de Laval (1395 Boul. de la Concorde Ouest, Laval)
Présenté en français du 23 au 25 2026 à 19h30 et 14h.
Billets en vente (49$/44$ Étudiant) au https://billetterie.co-motion.ca/ls/buyticket/15749?eventdateid=61679
Durée: 2h40 avec entracte de 20 minutes
Site web: https://bellelurette.org
Photos: Benoit Vermette


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